Lorsqu’on débute l’apprentissage du japonais, apprendre à compter semble être une formalité. Après tout, il suffit de mémoriser ichi, ni, san, yon, go…, comme on apprend « un, deux, trois » dans n’importe quelle langue.
Pourtant, les choses se compliquent rapidement lorsqu’il s’agit de compter des objets.
Là où un Français dira naturellement « trois pommes » ou « deux voitures », le japonais utilise un système beaucoup plus élaboré. En réalité, cette langue possède plusieurs façons de compter selon ce que l’on souhaite dénombrer. Une particularité qui déroute souvent les débutants, mais qui révèle aussi une facette fascinante de la culture japonaise.
Pourquoi compter est différent en japonais ?
Le japonais ne considère pas tous les objets de la même manière.
Une feuille de papier, une bouteille, une voiture ou une personne ne seront pas comptées avec les mêmes mots. Cette logique repose sur un système de catégories appelé classificateurs ou compteurs.
Mais avant même d’aborder ces fameux compteurs, il existe une autre méthode très utilisée dans la vie quotidienne : la série hitotsu, futatsu, mittsu.
Hitotsu, futatsu, mittsu : le système le plus simple
Cette façon de compter permet d’indiquer une quantité sans avoir besoin d’utiliser un classificateur spécifique.
Elle est particulièrement pratique pour :
- commander dans un magasin ;
- demander plusieurs objets ;
- indiquer une quantité générale.
Voici les nombres de 1 à 10 :
- Hitotsu : 1
- Futatsu : 2
- Mittsu : 3
- Yottsu : 4
- Itsutsu : 5
- Muttsu : 6
- Nanatsu : 7
- Yattsu : 8
- Kokonotsu : 9
- Tō : 10
Cette série ne ressemble pas du tout aux chiffres classiques japonais, ce qui explique pourquoi elle doit être apprise séparément.
Au quotidien
Dans une boulangerie japonaise, vous pourriez dire :
Pan o mittsu kudasai.
« Trois pains, s’il vous plaît. »
Ou encore :
Mikan ga futatsu arimasu.
« Il y a deux mandarines. »
Dans ces exemples, mittsu et futatsu servent simplement à indiquer une quantité. Ils ne modifient pas la structure de la phrase.
Cette façon de compter est très naturelle dans la conversation courante.
Les classificateurs : la véritable spécialité japonaise
Le système le plus typique de la langue japonaise repose sur les classificateurs.
Le principe est simple : les objets sont regroupés selon certaines caractéristiques physiques.
Par exemple :
- les objets plats ;
- les objets longs ;
- les personnes ;
- les animaux ;
- les machines ;
- les bâtiments.
Chaque catégorie possède son propre compteur.
Pour les Japonais, cette logique est aussi naturelle que notre distinction entre une bouteille d’eau, une tranche de pain ou une feuille de papier.
Les objets plats : le compteur mai
Pour compter les objets plats et fins, on utilise le classificateur :
枚 (mai)
Il sert notamment pour :
- les feuilles ;
- les cartes postales ;
- les photographies ;
- les billets ;
- les assiettes.
Par exemple :
Hagaki o san-mai kudasai.
« Donnez-moi trois cartes postales, s’il vous plaît. »
Le mot san correspond au chiffre trois tandis que mai indique qu’il s’agit d’objets plats.
Les objets longs : le compteur hon
Pour les objets cylindriques ou allongés, on utilise :
本 (hon)
Ce compteur s’applique notamment aux :
- stylos ;
- bouteilles ;
- parapluies ;
- arbres.
Quelques exemples :
- Ippon : 1 objet long
- Nihon : 2 objets longs
- Sanbon : 3 objets longs
Vous remarquerez déjà que la prononciation change selon le nombre utilisé.
Les compteurs sont partout
Les classificateurs ne servent pas uniquement à compter des objets.
Ils interviennent également dans de nombreuses notions du quotidien :
- les personnes ;
- les étages ;
- les véhicules ;
- les animaux ;
- les heures ;
- les minutes.
Autrement dit, impossible de parler naturellement japonais sans les connaître.
Lire l’heure en japonais
Les heures utilisent le compteur :
時 (ji)
Quelques exemples :
- Ichi ji : 1 heure
- Ni ji : 2 heures
- San ji : 3 heures
- Yo ji : 4 heures
- Go ji : 5 heures
- Roku ji : 6 heures
- Shichi ji : 7 heures
- Hachi ji : 8 heures
- Ku ji : 9 heures
- Jū ji : 10 heures
Pour demander l’heure :
Nan ji desu ka ?
« Quelle heure est-il ? »
Les minutes
Les minutes utilisent le compteur :
分 (fun / pun)
Quelques exemples :
- Ippun : 1 minute
- Nifun : 2 minutes
- Sanpun : 3 minutes
- Yonpun : 4 minutes
- Gofun : 5 minutes
- Roppun : 6 minutes
- Nanafun : 7 minutes
- Happun : 8 minutes
- Kyūfun : 9 minutes
- Juppun : 10 minutes
Ainsi :
San ji juppun desu.
signifie :
« Il est trois heures dix. »
Pourquoi certaines prononciations changent-elles ?
L’une des difficultés du japonais vient du fait que les nombres fusionnent parfois avec les classificateurs.
Ainsi :
- ichi + fun devient ippun ;
- hachi + fun devient happun ;
- san + hon devient sanbon.
Ces changements ne sont pas totalement arbitraires. Ils sont apparus au fil des siècles pour rendre la prononciation plus fluide.
Même si ces variations peuvent sembler intimidantes au départ, elles deviennent rapidement naturelles avec la pratique.
Une autre façon de voir les objets
Au fond, les classificateurs japonais nous rappellent qu’une langue n’est pas seulement un moyen de communication : c’est aussi une façon d’organiser le monde.
Là où le français traite la plupart des objets de manière identique, le japonais les classe selon leur forme, leur fonction ou leur nature. Une bouteille n’est pas pensée comme une feuille, une personne n’est pas pensée comme un véhicule, et chaque catégorie possède son propre mode de comptage.
C’est souvent à travers ce genre de détails que l’on découvre ce qui rend le japonais si fascinant. On commence simplement par vouloir compter jusqu’à dix… et l’on finit par entrevoir une manière totalement différente de concevoir le monde qui nous entoure.


