Avant les dialogues enregistrés, avant les bandes originales synchronisées et avant même que le cinéma ne devienne véritablement une industrie au Japon, les films étaient déjà accompagnés d’une voix.
Une voix humaine, présente dans la salle.
Elle expliquait.
Elle commentait.
Elle interprétait.
Elle faisait parler les personnages.
Elle pouvait faire rire ou pleurer le public.
Cette voix appartenait au benshi, le narrateur du cinéma muet japonais.
Aujourd’hui, presque personne en dehors du Japon ne connaît leur nom. Pourtant, pendant plusieurs décennies, les benshi furent parmi les personnalités les plus importantes du cinéma japonais. Certains étaient de véritables vedettes, capables d’attirer un public plus sûrement que le film lui-même.
Leur histoire raconte quelque chose d’essentiel sur le cinéma japonais : dès ses débuts, celui-ci n’a pas simplement importé une technologie occidentale. Il l’a intégrée à une culture du spectacle beaucoup plus ancienne.
Et c’est précisément ce qui explique pourquoi les premiers films japonais n’étaient pas vraiment « silencieux ».
Le cinéma arrive au Japon avant même la première projection Lumière
L’histoire commence à la fin du XIXe siècle.
Mais contrairement à une idée largement répandue, il n’y a pas une seule date permettant de dire : « le cinéma est arrivé au Japon ce jour-là ».
En 1896, le kinétoscope d’Edison est présenté au public à Kobe. Le dispositif n’est pas encore un projecteur permettant à toute une salle de regarder simultanément le même film : le spectateur regarde individuellement les images à travers un viseur.
Le Kobe Film Archive rappelle que le kinétoscope est présenté au Shinko Club de Kobe du 25 novembre au 1er décembre 1896. Cette présentation constitue l’un des premiers contacts du public japonais avec les images animées.
L’année suivante, une technologie beaucoup plus proche de ce que nous appelons aujourd’hui une séance de cinéma arrive.
Le Cinématographe des frères Lumière.
L’homme qui joue un rôle central dans cette introduction est Inabata Katsutaro, industriel japonais ayant étudié en France et qui avait rencontré Auguste Lumière. Il obtient les droits de représentation du Cinématographe au Japon et revient avec l’appareil.
Le 15 février 1897, une projection commerciale est organisée au Nanchi Enbujo Theatre d’Osaka.
La séance se poursuit jusqu’au 28 février.
C’est généralement cette date qui est retenue pour désigner la première projection cinématographique commerciale publique au Japon.
La nuance est importante.
Le cinéma n’est donc pas apparu soudainement au Japon le 15 février 1897.
Il y a eu plusieurs appareils, plusieurs démonstrations et plusieurs villes impliquées dans cette arrivée.
Kobe revendique la première présentation publique d’un dispositif cinématographique en 1896.
Osaka peut revendiquer la première projection commerciale avec le Cinématographe Lumière.
Et cette histoire complexe montre déjà que le Japon n’a pas simplement attendu passivement l’arrivée du cinéma occidental.
Il s’est rapidement approprié la technologie.
Le public japonais connaissait déjà les images animées
Le succès rapide du cinéma ne doit pas non plus être expliqué uniquement par la fascination pour une invention occidentale.
Le Japon possédait déjà une longue tradition de spectacles combinant images, narration, musique et performance.
Pendant l’époque d’Edo, les spectacles de lanterne magique, appelés utsushie, associaient projection d’images, musique et narration. Le National Film Archive of Japan souligne explicitement le lien entre ces pratiques et l’apparition ultérieure du benshi.
Cette continuité est fondamentale.
Le public japonais n’arrive donc pas devant un écran en découvrant pour la première fois l’idée qu’une image puisse être accompagnée par une voix.
Le cinéma s’insère dans une culture du spectacle où le récit oral possède déjà une place considérable.
Le benshi va précisément occuper cet espace.
Mais qu’est-ce qu’un benshi ?
Le mot peut être traduit simplement par « narrateur de film ».
Mais cette traduction ne suffit pas.
Le benshi ne se contente pas de lire les intertitres.
Il présente parfois le film avant la projection.
Il explique les personnages.
Décrit les lieux.
Interprète les dialogues.
Commente l’action.
Donne une voix différente à plusieurs personnages.
Explique certaines situations au public.
Et ajoute souvent sa propre interprétation au récit.
La Japan Society rappelle que, durant les premières années du cinéma au Japon, les benshi intervenaient notamment avant la projection pour présenter et expliquer le film au public. Leur rôle s’est ensuite développé jusqu’à devenir une composante centrale de la séance.
Le film projeté n’est donc qu’une partie du spectacle.
L’autre partie se trouve à côté de l’écran.
Dans la voix du benshi.
Le cinéma muet japonais n’était pas réellement silencieux
C’est probablement le point le plus fascinant.
Dans le cinéma occidental, on parle de « cinéma muet » parce que les films ne comportent pas de dialogue ou de bande sonore synchronisée.
Au Japon, cette appellation est beaucoup plus trompeuse.
Les séances étaient accompagnées de musique et de narration en direct.
Le National Film Archive of Japan décrit cette tradition comme une combinaison de projection, d’accompagnement musical et d’explication orale par le benshi.
Le spectateur ne regardait donc pas simplement un film.
Il assistait à une représentation.
Un pianiste ou d’autres musiciens pouvaient accompagner la projection tandis que le benshi occupait une place essentielle dans la construction du récit.
Et deux séances du même film pouvaient être très différentes.
Le film restait identique.
Le benshi, lui, pouvait modifier son interprétation.
Le benshi pouvait faire parler les acteurs
Imaginez un film dans lequel aucun personnage ne prononce une parole audible.
À l’écran, deux personnes se disputent.
Le benshi prend la parole.
Il change de ton.
Une voix grave pour l’un.
Une voix plus aiguë pour l’autre.
Il accélère.
Il ralentit.
Il laisse un silence.
Puis reprend.
Le spectateur comprend alors non seulement ce qui se passe, mais aussi comment il doit interpréter la scène.
C’est là que le benshi devient beaucoup plus qu’un simple traducteur de l’image.
Il est un interprète.
Le BFI décrit ainsi le benshi comme un narrateur qui expliquait l’action, donnait une voix aux personnages et soulignait les dimensions morales et émotionnelles du film.
Le cinéma japonais développe ainsi une forme de narration à trois dimensions :
l’image, la musique et la parole.
Cette combinaison va devenir l’une des caractéristiques les plus singulières du cinéma japonais de l’époque.
Les benshi deviennent des stars
Le succès du système finit par produire une conséquence étonnante.
Les benshi deviennent célèbres.
Très célèbres.
Certains possèdent leurs propres admirateurs.
Des classements sont publiés.
Des spectateurs se déplacent pour entendre leur voix.
Et certains peuvent gagner des sommes considérables.
La Harvard Film Archive rappelle qu’au cours des années 1920 et au début des années 1930, certains benshi étaient de véritables vedettes et pouvaient toucher des rémunérations très importantes. Le public pouvait venir voir un film avant tout pour écouter le benshi qui l’accompagnait.
Cette situation donne aux narrateurs un pouvoir inhabituel dans l’industrie.
Dans le cinéma occidental, la vedette est généralement l’acteur.
Au Japon, pendant l’âge d’or du cinéma muet, la hiérarchie est différente.
Un spectateur peut connaître le nom du benshi.
Reconnaître sa voix.
Apprécier son style.
Et choisir une séance en fonction de lui.
Le film devient alors presque le support d’une performance.
Tous les benshi ne racontent pas le film de la même manière
Il n’existe pas une seule façon de pratiquer le métier.
Certains privilégient la description.
D’autres sont extrêmement théâtraux.
Certains mettent l’accent sur l’humour.
D’autres développent une interprétation dramatique.
Certains sont particulièrement réputés pour les films étrangers.
D’autres se spécialisent dans les jidai-geki, les films historiques ou de sabre.
Le benshi devient ainsi une sorte de signature artistique.
Deux salles peuvent projeter le même film et proposer deux expériences complètement différentes.
Le cinéma possède donc une part d’improvisation et de spectacle vivant qui disparaîtra progressivement avec la généralisation du son enregistré.
Cette tradition plonge ses racines dans le théâtre japonais
Il serait toutefois simpliste de prétendre que les benshi sont directement issus d’une seule tradition comme le kabuki ou le rakugo.
Leur formation et leurs influences sont diverses.
Mais leur existence s’inscrit clairement dans une culture japonaise ancienne où la narration orale, l’interprétation vocale et l’accompagnement musical occupent une place importante.
Le National Film Archive of Japan souligne notamment les liens entre les spectacles d’images pré-cinématographiques et les formes traditionnelles de narration et de musique.
Le cinéma importé d’Occident rencontre donc un environnement culturel déjà préparé à ce type de spectacle.
Et le résultat est très japonais.
Les benshi ne se contentaient pas d’expliquer les films étrangers
Leur rôle était également important parce que le cinéma japonais produisait progressivement ses propres œuvres.
Le Japon commence rapidement à tourner ses propres films.
En 1899, Tsunekichi Shibata filme notamment Momijigari, qui met en scène des acteurs de kabuki interprétant une scène célèbre. Le film est aujourd’hui considéré comme le plus ancien film japonais conservé.
Cette œuvre montre déjà le lien profond entre cinéma et théâtre.
Mais les benshi jouent également un rôle essentiel dans la manière dont le public comprend les productions étrangères.
Ils peuvent contextualiser une histoire.
Expliquer un personnage.
Traduire les dialogues.
Présenter les conventions narratives.
Adapter une œuvre à leur public.
Le benshi est donc aussi un médiateur culturel.
Le cinéma japonais commence alors à chercher son indépendance
Dans les années 1910 et 1920, certains cinéastes japonais souhaitent justement réduire cette dépendance à l’égard des narrateurs.
Le mouvement du Pure Film Movement réclame notamment une modernisation du langage cinématographique.
L’objectif est de permettre au film de raconter davantage par ses propres moyens.
Intertitres.
Montage.
Mise en scène.
Jeu d’acteur.
Cadrage.
Le National Film Archive of Japan explique que les partisans de ce mouvement voulaient notamment que les histoires puissent être comprises à travers les images et les intertitres plutôt que de dépendre entièrement de la performance du benshi.
C’est un changement considérable.
Pour la première fois, certains cinéastes considèrent que le pouvoir exceptionnel du benshi peut aussi devenir un frein au développement du langage cinématographique.
Le cinéma commence à vouloir parler par lui-même.
Et pourtant, les benshi restent extrêmement puissants
La contradiction est fascinante.
D’un côté, les cinéastes veulent autonomiser l’image.
De l’autre, le public adore les benshi.
Pourquoi supprimer quelque chose que les spectateurs apprécient ?
La popularité de ces narrateurs contribue même à ralentir la transition vers le cinéma parlant.
Le phénomène est suffisamment important pour que certains films japonais restent muets alors que le cinéma sonore s’impose déjà ailleurs.
Le BFI rappelle qu’en raison de la popularité et de l’influence des benshi, l’arrivée du cinéma parlant a été retardée au Japon.
La situation est presque paradoxale.
Une technologie censée améliorer le cinéma — le son enregistré — risque de supprimer l’une des attractions principales de la séance.
Le public ne veut pas nécessairement perdre son benshi.
Le Japon adopte tardivement le parlant
Le premier grand succès japonais du cinéma parlant arrive avec Madamu to nyobo (The Neighbour’s Wife and Mine) de Heinosuke Gosho en 1931.
Le film devient un jalon important dans la transition vers le parlant et reçoit un accueil critique et commercial considérable.
Mais la transition ne s’effectue pas du jour au lendemain.
Pendant un certain temps, cinéma muet et cinéma sonore coexistent.
Certains films continuent d’être projetés avec un benshi.
Et certains spectateurs restent attachés à cette tradition.
Mais la logique économique et technologique finit par l’emporter.
Une fois que les dialogues sont directement enregistrés sur la bande sonore, le rôle du benshi devient beaucoup plus difficile à justifier.
Le cinéma peut désormais parler tout seul.
La disparition des benshi est brutale
Lorsque le cinéma sonore se généralise, une profession entière se retrouve menacée.
Les benshi sont nombreux.
La Harvard Film Archive évoque plusieurs milliers de narrateurs actifs dans les années 1930. Beaucoup disparaissent rapidement avec l’installation du cinéma parlant.
Il ne s’agit donc pas simplement de la disparition d’une curiosité artistique.
C’est une véritable révolution professionnelle.
Des milliers de personnes dont le métier consistait à donner une voix au cinéma doivent trouver une autre activité.
Certains se reconvertissent.
D’autres disparaissent du monde du spectacle.
Et quelques-uns continuent à pratiquer leur art dans des séances consacrées aux films muets.
Ozu permet de comprendre ce que représentait une séance de l’époque
Yasujiro Ozu est particulièrement intéressant pour comprendre cette période.
Avant de devenir l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma mondial avec des œuvres comme Voyage à Tokyo, Ozu a réalisé de nombreux films muets.
En 1929, il signe notamment Fighting Friends Japanese Style (Wasei Kenka Tomodachi).
Une copie 9,5 mm du film a été retrouvée en 1999 avant d’être restaurée numériquement au début des années 2000.
Le film permet de rappeler une réalité essentielle : lorsque le public japonais découvrait une œuvre d’Ozu dans les années 1920, il ne la regardait pas comme nous la regardons aujourd’hui dans une copie restaurée accompagnée de sous-titres.
Il la découvrait avec une performance.
Le film et le benshi formaient ensemble l’expérience cinématographique.
C’est une différence fondamentale.
Le film n’était donc pas complètement « fini » au moment où il sortait
C’est probablement l’une des meilleures façons de comprendre le phénomène.
Aujourd’hui, un réalisateur termine son film.
La bande sonore est mixée.
Les dialogues sont enregistrés.
La musique est fixée.
La version distribuée est normalement identique d’une salle à l’autre.
À l’époque du benshi, une partie de l’expérience pouvait encore changer d’une représentation à l’autre.
Le film constituait le socle.
Le benshi interprétait.
Le musicien accompagnait.
Le public réagissait.
La séance devenait un spectacle vivant.
Cette dimension explique pourquoi il est réducteur de considérer les benshi comme de simples personnes chargées de « lire les sous-titres ».
Ils étaient des artistes.
Et leur influence sur le cinéma japonais ne disparaît pas complètement
Lorsque le son arrive, le benshi disparaît progressivement de la projection commerciale.
Mais l’idée d’une voix qui guide le spectateur ne disparaît pas complètement.
La narration, la voix off et certaines formes de commentaire trouvent de nouvelles expressions dans le cinéma et la télévision.
Il serait cependant excessif d’affirmer que le cinéma parlant japonais serait directement construit à partir d’un « style sonore benshi » parfaitement identifiable.
L’influence est plus diffuse.
Le benshi avait habitué le public à entendre une voix expliquer ou interpréter ce qu’il voyait.
Le cinéma sonore permet ensuite d’intégrer directement les dialogues et les sons à l’œuvre.
La fonction change de place.
Elle ne disparaît pas nécessairement.
Une tradition qui aurait pu disparaître complètement
Pendant plusieurs décennies, le benshi semble appartenir au passé.
Pourtant, l’art n’a jamais complètement disparu.
Des passionnés ont continué à restaurer les films muets et à reconstituer leurs accompagnements.
Des artistes contemporains se sont formés à cette pratique.
Le National Film Archive of Japan organise encore aujourd’hui des séances de films muets accompagnées par des benshi et des musiciens. En 2025, son programme Silent Film Days proposait encore des projections avec accompagnement musical ou narration par un benshi.
En 2024, lors d’un programme destiné aux enfants, le NFAJ organisait également des projections de films muets avec une benshi, Nanako Yamauchi, et un accompagnement musical en direct. Le public était invité à participer à certains moments de la séance.
Le plus étonnant est peut-être là.
Une forme artistique née avec les débuts du cinéma japonais continue d’être pratiquée au XXIe siècle.
Midori Sawato et la transmission d’un art presque disparu
Parmi les figures importantes de la renaissance contemporaine du benshi se trouve Midori Sawato.
Elle a été formée par Shunsui Matsuda, figure majeure de la préservation du cinéma muet japonais.
Le BFI souligne que Sawato fait partie des rares benshi contemporains à perpétuer cette tradition.
Son travail n’est pas seulement une reconstitution historique.
Le benshi moderne doit encore interpréter.
Il doit apprendre le film.
Préparer son texte.
Trouver les voix.
Synchroniser sa performance avec les images.
Et surtout comprendre qu’il ne s’agit pas simplement de lire un scénario.
Il doit faire vivre le film.
Pourquoi le benshi reste fascinant aujourd’hui
Il serait facile de considérer le benshi comme une curiosité folklorique.
Ce serait une erreur.
Son existence pose une question beaucoup plus large :
qu’est-ce qu’un film ?
Est-ce uniquement ce qui se trouve sur la pellicule ?
Ou est-ce aussi la manière dont il est présenté au public ?
Pendant plusieurs décennies, au Japon, la réponse était clairement la deuxième.
Une séance de cinéma était une performance collective.
Le film fournissait les images.
Le benshi fournissait la parole.
Les musiciens fournissaient la musique.
Et le public complétait l’ensemble par ses réactions.
Cette conception est très différente de notre manière contemporaine de consommer le cinéma.
Aujourd’hui, nous pouvons regarder un film seul dans le train, sur un smartphone, avec des écouteurs.
À l’époque, le film existait dans une salle.
Avec une voix.
Avec de la musique.
Avec des dizaines ou des centaines de personnes.
Le cinéma japonais s’est construit avec cette voix
Il faut donc se méfier des récits trop simples sur les débuts du septième art au Japon.
Le Japon n’a pas simplement importé le Cinématographe Lumière puis copié le cinéma occidental.
Il a adapté une technologie nouvelle à ses propres traditions du spectacle.
Le résultat a été profondément original.
Le benshi a transformé le cinéma muet en spectacle vivant.
Il a contribué à faire connaître les films étrangers.
Il a accompagné la naissance des premiers studios japonais.
Il est devenu une vedette.
Il a parfois influencé la manière dont les films étaient conçus.
Et, paradoxalement, son immense popularité a contribué à ralentir l’arrivée du cinéma parlant.
Ce n’est pas une petite anecdote de l’histoire du cinéma.
C’est l’une des particularités fondamentales de la culture cinématographique japonaise.
De 1896 à aujourd’hui, une histoire qui n’est pas terminée
Le Japon a donc découvert les images animées à la fin du XIXe siècle.
En 1896, le public de Kobe découvre le kinétoscope.
En février 1897, Osaka accueille les premières projections commerciales au Cinématographe Lumière.
À partir de là, une industrie va progressivement se développer.
Mais dès les premières séances, le cinéma japonais prend une direction particulière.
Il parle.
Pas encore à travers les haut-parleurs.
À travers un homme ou une femme debout à côté de l’écran.
Cette voix accompagne le cinéma pendant plusieurs décennies.
Puis le parlant finit par l’emporter.
Le benshi disparaît presque complètement.
Et pourtant, il revient régulièrement, lors de projections patrimoniales, de festivals et de programmes consacrés au cinéma muet.
Le phénomène est finalement assez symbolique.
Le cinéma japonais a changé de technologie, de format et de public.
Mais il n’a jamais totalement oublié la personne qui, autrefois, se tenait à côté de l’écran pour raconter ce que tout le monde était en train de regarder.
Avant que les films japonais ne parlent, quelqu’un parlait pour eux.
Et pendant plusieurs décennies, cette voix était si importante que le public venait parfois au cinéma moins pour voir un film que pour entendre celui qui allait le raconter.



