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Cowboy Bebop : le space opera qui a fait swinguer l’animation japonaise

Cowboy Bebop : le space opera qui a fait swinguer l’animation japonaise

Il y a des génériques qui annoncent une série, et d’autres qui posent d’emblée un univers entier — sa musique, son rythme, sa mélancolie. Celui de Cowboy Bebop appartient à la seconde catégorie, et vingt-cinq ans après sa diffusion, il n’a rien perdu de son mordant.

Un space opera qui swingue

Cowboy Bebop (カウボーイビバップ) est une série d’animation japonaise réalisée par Shin’ichirō Watanabe et écrite par Keiko Nobumoto, produite par le studio Sunrise à la fin des années 1990. Ses 26 épisodes racontent, en 2071, les aventures d’un équipage de chasseurs de primes — des « cowboys » — voyageant à travers le système solaire à bord de leur vaisseau, le Bebop. Le titre fait un clin d’œil assumé au western, mais la série est avant tout un space opera aussi élégant que mélancolique.

Sa direction artistique musicale puise dans la culture américaine du jazz et du courant beat des années 1940-1960, ainsi que dans le rock des années 1950-1970. La bande originale, signée Yoko Kanno et son groupe The Seatbelts, structure d’ailleurs la série elle-même : chaque épisode est pensé comme une « session », avec son thème musical propre, et les titres empruntent directement à des morceaux ou albums mythiques — « Sympathy for the Devil », « Bohemian Rhapsody », « Honky Tonk Women », « My Funny Valentine » — ou à des styles musicaux entiers, comme « Mushroom Samba » ou « Heavy Metal Queen ».

Un monde né d’une catastrophe

En 2022, l’explosion d’une passerelle intersidérale expérimentale endommage gravement la Lune et rend la Terre largement inhabitable, décimant l’essentiel de la vie à sa surface. Les survivants colonisent alors les autres planètes du système solaire et certaines lunes de Jupiter, dans un vide culturel où le souvenir de l’histoire terrienne s’est largement effacé. L’intrigue se situe des décennies après cet accident : les passerelles intersidérales, désormais fiables, rendent tout le système solaire accessible, mais l’équipage du Bebop passe le plus clair de son temps sur Mars, devenue la nouvelle capitale de la civilisation humaine.

Une famille de laissés-pour-compte

Le Bebop, un ancien chalutier reconverti en vaisseau-habitation, est piloté par Jet Black, ancien inspecteur de l’Inter-Solar System Police surnommé « The Black Dog », et Spike Spiegel, ancien membre du Red Dragon Crime Syndicate, le plus grand clan mafieux de Mars. Spike reste hanté par son passé dans l’organisation, en particulier par sa relation avec la mystérieuse Julia et par sa rivalité avec son ancien partenaire devenu ennemi juré, Vicious. Jet, de son côté, porte un bras cybernétique qui lui rappelle sans cesse une opération ratée de son passé de policier, et le souvenir d’Alisa, une amie de longue date qu’il a quittée sans prévenir.

L’équipage s’agrandit peu à peu avec l’arrivée de Faye Valentine, amnésique réveillée après cinquante-quatre ans de sommeil cryogénique et devenue escroc de haut vol pour survivre à ses dettes ; d’Ein, un Welsh Corgi ancien sujet d’expérimentation de laboratoire dont l’intelligence dépasse largement ce que l’équipage veut bien lui reconnaître ; et d’Edward, jeune génie de l’informatique et hackeuse de renom, dont le vrai nom, Françoise Appledelphi, ne sera révélé que bien plus tard dans la série. Chacun fonctionne selon le principe du « chacun fait ce qu’il veut », et c’est la capture occasionnelle de criminels recherchés qui permet à cette bande de laissés-pour-compte de se maintenir à flot financièrement.

Une reconnaissance mondiale

Cowboy Bebop a d’abord failli ne jamais passer à la télévision japonaise en raison de ses scènes de violence : TV Tokyo, l’un des principaux diffuseurs d’anime du pays, interrompt la diffusion le 3 avril 1998 avant de la reprendre le 19 juin suivant. La série ne sera montrée dans son intégralité, la même année, que sur le réseau satellite WOWOW — avec un calendrier de production si perturbé que le tout dernier épisode est livré le jour même de sa diffusion.

Le succès, lui, ne s’est jamais démenti : la série remporte le prix Seiun en 2000, l’une des plus anciennes récompenses de science-fiction au Japon, et un sondage de 2004 mené par le magazine Newtype la classe deuxième meilleur anime de tous les temps, juste derrière Neon Genesis Evangelion. Ce succès dépasse largement les frontières japonaises : diffusée sur Canal+ dès l’été 2000 en France, elle conquiert aussi les États-Unis via Adult Swim en 2001, puis le Royaume-Uni, l’Australie, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et une bonne partie de l’Asie et de l’Amérique latine au fil des années 2000. Porté par cet engouement, un long métrage, Cowboy Bebop : Knockin’ on Heaven’s Door, sort au Japon en 2001 avant d’être distribué aux États-Unis par Sony Pictures Classics en 2003.

Ce qu’est devenu le projet de série en prises de vues réelles

Des rumeurs avaient longtemps circulé autour d’une adaptation en prises de vues réelles portée par la 20th Century Fox, avec Keanu Reeves annoncé dans le rôle de Spike Spiegel — un projet resté à l’état de développement et jamais concrétisé. C’est finalement Netflix qui a mené le projet à terme : la plateforme a diffusé, en novembre 2021, une série de dix épisodes avec John Cho dans le rôle de Spike, aux côtés de Mustafa Shakir (Jet Black) et Daniella Pineda (Faye Valentine), avec Yoko Kanno revenue composer la musique. Malgré un accueil critique mitigé et un tournage marqué par une grave blessure de John Cho, la série a connu un beau succès d’audience à son lancement — avant d’être annulée par Netflix dès décembre 2021, à peine un mois après sa sortie, provoquant une pétition de plus de 145 000 fans réclamant une seconde saison.

Vingt-cinq ans après sa diffusion originale, l’anime, lui, n’a rien perdu de son aura : régulièrement cité parmi les meilleures séries d’animation jamais produites, il reste, aujourd’hui encore, une porte d’entrée incontournable vers l’animation japonaise pour un public occidental — et une bande-son qui continue de swinguer comme au premier jour.

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