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Les Douze Royaumes : la fresque d’héroic fantasy que l’animation japonaise n’a jamais égalée

Les Douze Royaumes : la fresque d’héroic fantasy que l’animation japonaise n’a jamais égalée

Il y a des animes qu’on regarde pour se divertir, et d’autres qui, vingt ans plus tard, restent une référence absolue qu’on ne cesse de recommander. Les Douze Royaumes (Jūni Kokki) appartient sans conteste à la seconde catégorie.

Une adaptation ambitieuse

Produite par le studio Pierrot en 2002, la série est l’adaptation d’un cycle de romans de Fuyumi Ono, portée à l’écran par le réalisateur Tsuneo Kobayashi. Les personnages sont directement inspirés des créations d’Akihiro Yamada, illustrateur des romans originaux, dont les concepts ont ensuite été adaptés pour l’animation par Hiroto Tanaka et Yūko Kusumoto. Le résultat : 45 épisodes diffusés sur la chaîne NHK entre 2002 et 2003, qui composent l’une des fresques d’héroic fantasy les plus abouties de l’animation japonaise.

C’est un pur plaisir que de découvrir le monde des Douze Royaumes imaginé par Fuyumi Ono. Même si le thème diffère radicalement, on peut comparer la richesse de cet univers à celle inventée par Tolkien : une civilisation entière, une culture, une langue, une mythologie, développées avec une profondeur rare. Et l’anime ne se contente pas de raconter une histoire d’aventure : il y glisse en filigrane une critique du racisme, de la corruption, de la guerre, de la misère, de la dictature ou encore du conformisme social — le tout à travers la quête initiatique d’une jeune femme qui a peur de sa propre personnalité et des conséquences de ses choix.

Une richesse rare, jamais indigeste

Ce qui frappe, c’est la capacité de la série à être incroyablement dense sans jamais devenir confuse ou difficile à suivre — un tour de force que l’on doit largement à la mise en scène de Kobayashi. À l’action, aux rebondissements et à l’émotion s’ajoute une galerie de personnages secondaires d’une vraie profondeur : au-delà de l’intrigue principale, une multitude d’histoires parallèles enrichissent la psychologie de nombreux protagonistes, donnant à l’ensemble une densité digne d’un roman.

Autre particularité, assez rare dans l’animation d’aventure japonaise pour être soulignée : il n’existe pas, dans Les Douze Royaumes, d’ennemi incarnant le mal en tant qu’entité abstraite. Seulement des êtres humains rongés par la folie, la jalousie, la colère ou le despotisme du pouvoir — et d’autres portés par le courage, l’honneur ou l’empathie. Les méchants, en somme, ne sont pas foncièrement mauvais : ils sont simplement, tristement, humains.

Un monde où le pouvoir se mérite

Il existe un monde parallèle au nôtre, régi par d’autres règles et construit par d’autres dieux — un monde qui évoque la Chine médiévale, peuplé de démons et d’êtres à l’apparence animale côtoyant les humains. Jadis corrompu, ce monde fut détruit par l’empereur céleste puis reconstruit et divisé en douze royaumes de taille égale, chacun dirigé par un roi ou une reine désignés par l’animal sacré du royaume.

Ces animaux sacrés — des êtres divins pouvant prendre forme humaine ou celle d’une sorte de licorne — sont bons et généreux par nature, et seuls capables de reconnaître le souverain digne de gouverner. Peu importe leur origine sociale : dès qu’ils accèdent au trône, les souverains deviennent immortels, à moins d’être frappés par une arme divine ou de s’écarter du droit chemin. Dans ce cas, l’animal sacré tombe malade et meurt, le royaume sombre dans le chaos, et un nouvel animal sacré naît pour désigner un nouveau roi — à moins que ce dernier ne choisisse d’abdiquer avant. Pour éviter toute discrimination de naissance, les enfants de ce monde naissent directement sur des arbres sacrés, confiés à leurs parents par un choix divin.

Il arrive, cependant, que le roi désigné ne se trouve pas dans le monde des Douze Royaumes. L’animal sacré doit alors venir le chercher dans le nôtre.

Le point de départ d’une odyssée

C’est ainsi que débute l’histoire : Yoko est une lycéenne discrète, soucieuse d’être aimée de tous. Un jour, un individu étrange nommé Keiki fait irruption dans sa classe et lui annonce qu’il l’a choisie comme souveraine — il est un animal sacré, désormais à son service. Le combat qui suit contre des démons les pousse à se réfugier sur le toit du lycée, où Keiki confie à Yoko, terrifiée et incapable de comprendre ce qui lui arrive, l’épée sacrée du royaume de Kei.

Projetée avec deux camarades de classe dans le monde des Douze Royaumes, Yoko se retrouve livrée à elle-même : Keiki a disparu, et les trois adolescents doivent affronter un monde hostile qui va les séparer et les confronter chacun à leurs peurs les plus profondes. L’évolution des personnages au fil de la série est particulièrement réussie : Yoko, d’abord incapable d’être honnête envers elle-même par peur d’abîmer son image de gentille fille, devient peu à peu une femme déterminée, capable de prendre les décisions les plus lourdes.

Une réalisation à la hauteur de l’ambition

Grâce au travail visuel hérité des créations d’Akihiro Yamada, l’animation est de très bonne facture, le chara design réussi et les décors somptueux. La musique de Kunihiko Ryō épouse parfaitement l’atmosphère épique du récit, portée par des instruments simples — flûte, harpe, piano, guitare, voix — qui installent immédiatement une ambiance prenante. Pour beaucoup d’amateurs du genre, cette bande originale se hisse au niveau des plus grands compositeurs japonais.

Ce résumé ne donne qu’un aperçu infime de ce que déploie cette fresque épique au fil de ses 45 épisodes. Les Douze Royaumes reste, plus de vingt ans après sa diffusion, une référence incontournable de l’héroic fantasy en animation — et pour ceux qui doutent encore, un seul conseil : regardez les premiers épisodes, et vous ne décrocherez plus.

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