Dans le quartier d’Azabu, au sud de Tokyo, les immeubles modernes côtoient encore quelques maisons de bois qui rappellent l’ancien Edo. À quelques minutes de la Tour de Tokyo, une discrète façade attire depuis plus de deux siècles les amateurs de gastronomie japonaise. Derrière ses portes coulissantes se cache Nodaiwa Azabu Iikura Honten, l’une des plus anciennes maisons spécialisées dans l’unagi, l’anguille grillée.
Ici, le temps semble suspendu. Chaque anguille est préparée à la commande selon une gestuelle transmise de génération en génération, illustrant l’une des plus belles traditions culinaires du Japon.
Plus de deux cents ans d’histoire
Fondée au début du XIXᵉ siècle, durant la période Edo, la maison Nodaiwa fait partie des établissements historiques qui ont accompagné l’évolution de Tokyo.
À cette époque, l’anguille constitue un aliment apprécié des habitants d’Edo. Riche en protéines et en lipides, elle est réputée redonner de l’énergie pendant les fortes chaleurs estivales, une croyance encore très vivante aujourd’hui lors du Doyo no Ushi no Hi, la journée où les Japonais consomment traditionnellement de l’unagi.
Au fil des générations, la famille fondatrice perfectionne sa technique et forge la réputation du restaurant, devenu une référence nationale.
Le kabayaki, un savoir-faire minutieux
La spécialité de Nodaiwa est le kabayaki, l’une des préparations les plus emblématiques de l’unagi.
Après avoir été soigneusement découpée, l’anguille est grillée une première fois afin d’éliminer l’excès de graisse.
Elle est ensuite cuite à la vapeur — une particularité propre à la région de Tokyo, contrairement à la méthode d’Osaka où cette étape est généralement absente.
Enfin, elle retourne sur le gril où elle est régulièrement badigeonnée d’une sauce (tare) élaborée à partir de sauce soja, de mirin, de saké et de sucre.
Cette succession de cuissons donne une chair particulièrement fondante, recouverte d’une fine couche caramélisée.
Une recette qui laisse parler le produit
Contrairement à de nombreux restaurants modernes qui multiplient les assaisonnements, Nodaiwa privilégie la sobriété.
La sauce reste volontairement légère afin de mettre en valeur la saveur naturelle de l’anguille.
Le poisson est généralement servi sur un lit de riz blanc parfaitement cuit, accompagné d’une soupe claire et de quelques légumes marinés.
Cette simplicité apparente cache un travail considérable sur les températures de cuisson, le choix du charbon et la préparation quotidienne de la sauce.
Comme dans beaucoup de grandes maisons japonaises, la régularité est considérée comme la plus grande des qualités.
Une maison respectée des gastronomes
Au fil des décennies, Nodaiwa est devenu une adresse incontournable pour les amateurs de cuisine japonaise traditionnelle.
L’établissement figure régulièrement dans les principales sélections gastronomiques consacrées à Tokyo et bénéficie d’une reconnaissance durable du Guide Michelin.
Cette réputation dépasse largement les frontières du Japon.
Chefs, journalistes culinaires et voyageurs viennent y découvrir une préparation qui demeure relativement rare hors de l’archipel, tant la maîtrise de la cuisson de l’unagi exige expérience et précision.
L’unagi, un produit sous surveillance
Si l’anguille est profondément liée à la culture culinaire japonaise, elle est également au cœur de nombreuses préoccupations environnementales.
Depuis plusieurs années, les populations d’anguilles européennes, américaines et japonaises connaissent un important déclin.
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe notamment l’anguille japonaise (Anguilla japonica) parmi les espèces menacées.
Cette situation pousse de nombreux restaurateurs à renforcer la traçabilité de leurs approvisionnements et à soutenir des élevages plus responsables.
Le sujet est devenu incontournable pour les établissements historiques comme Nodaiwa, soucieux de préserver une tradition sans ignorer les enjeux de conservation.
Une expérience autant culturelle que gastronomique
Manger chez Nodaiwa ne consiste pas uniquement à déguster une spécialité.
Le service, discret et attentif, le décor traditionnel et la préparation visible depuis certaines salles participent pleinement à l’expérience.
Tout rappelle l’esprit de l’omotenashi, cette hospitalité japonaise fondée sur l’attention portée au client sans ostentation.
Chaque détail semble conçu pour laisser la vedette au plat.
Conseils pour une visite
Le restaurant est particulièrement fréquenté les week-ends et pendant la période estivale du Doyo no Ushi no Hi, lorsque la consommation d’anguille atteint son pic au Japon.
Une réservation est donc fortement recommandée.
Les menus permettent de découvrir différentes préparations d’unagi, dont les célèbres unajū (anguille servie sur du riz dans une boîte laquée) et shirayaki, où l’anguille est grillée sans sauce afin d’en apprécier pleinement les saveurs.
Pour les visiteurs découvrant ce poisson pour la première fois, cette dernière préparation constitue souvent une excellente introduction.
Bien plus qu’un restaurant
À Tokyo, où les établissements ouvrent et ferment à un rythme effréné, Nodaiwa fait figure d’exception.
Sa longévité témoigne d’une conception très japonaise de la gastronomie : la recherche de la perfection ne passe pas par l’innovation permanente, mais par l’amélioration continue d’un geste répété des milliers de fois.
Dans un pays où certains artisans consacrent toute leur vie à une seule spécialité, Nodaiwa rappelle que l’excellence naît souvent de la patience, de la transmission et du respect des traditions.
Plus de deux cents ans après sa création, cette maison demeure l’une des plus belles ambassadrices de l’unagi japonais, offrant aux visiteurs bien davantage qu’un repas : une immersion dans un pan vivant du patrimoine culinaire de Tokyo.
野田岩 麻布飯倉本店・大昔に時間が止まってしまったかのような風情ある店内で、絶品うなぎ料理を堪能できる。江戸時代創業の老舗うなぎ料理店


