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Parc Dragon Ball en France : derrière l’annonce spectaculaire, une bataille de licences, de milliards et de politique

Parc Dragon Ball en France : derrière l’annonce spectaculaire, une bataille de licences, de milliards et de politique

Pendant quelques heures, le 24 août 2026, la nouvelle avait presque des allures de scénario écrit par Akira Toriyama.

Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane réunis à Paris. Deux hommes qui revendiquent leur passion pour les mangas. Un investissement saoudien de 6 milliards d’euros. Trois parcs d’attractions annoncés aux portes de Paris. Et, au milieu du projet, l’univers de Dragon Ball.

Goku à quelques dizaines de kilomètres de Paris.

Pour les fans français qui ont grandi avec le Club Dorothée, l’image est forcément spectaculaire.

Mais derrière les annonces et les images qui ont envahi les réseaux sociaux, le dossier est beaucoup plus compliqué.

Car une question essentielle est rapidement apparue : qui a réellement donné son accord pour construire un parc Dragon Ball en France ?

Et la réponse, à ce stade, mérite quelques précautions.

Le projet de destination de loisirs franco-saoudien est bien réel. Le protocole d’accord est bien annoncé. Qiddiya est bien l’investisseur saoudien. Cergy-Pontoise est bien le territoire choisi pour le projet. Les 6 milliards d’euros et les quelque 22 000 emplois annoncés font bien partie de la communication officielle.

Mais concernant Dragon Ball, le dossier n’est pas aussi verrouillé que les titres de presse et les réseaux sociaux ont pu le laisser croire.

C’est là que commence la véritable histoire.

Tout est parti d’une discussion entre Macron et MBS

La version racontée par l’Élysée possède presque quelque chose d’anecdotique.

En décembre 2024, Emmanuel Macron se rend en Arabie saoudite. Au cours des discussions avec Mohammed ben Salmane, les deux hommes évoquent leur intérêt commun pour les mangas.

Le prince saoudien est un amateur revendiqué de culture populaire japonaise.

Macron, lui, n’a jamais caché son intérêt pour le manga et l’animation japonaise. Il possède notamment un dessin original de Dragon Ball.

Quelques mois plus tard, l’idée d’un grand projet de loisirs en France commence à prendre forme.

Mais il serait naïf de croire que six milliards d’euros d’investissement et trois parcs d’attractions sont nés d’une conversation autour de Goku.

La passion pour Dragon Ball a pu servir de déclencheur.

Elle n’explique évidemment pas à elle seule la logique économique et diplomatique du projet.

Derrière cette histoire se trouvent Qiddiya, le fonds souverain saoudien, la stratégie Vision 2030, la volonté française d’attirer des investissements étrangers et une bataille européenne de plus en plus intense autour des grands complexes touristiques.

Le manga est la partie visible.

Le reste est beaucoup plus politique.

Qiddiya : le véritable maître d’œuvre

Pour comprendre le projet français, il faut oublier quelques minutes Goku et regarder du côté de Riyad.

Qiddiya Investment Company est liée au Public Investment Fund, le fonds souverain d’Arabie saoudite.

Son ambition est gigantesque : développer de nouvelles destinations consacrées au divertissement, au sport, à la culture et au tourisme.

Qiddiya City, près de Riyad, constitue l’un des projets emblématiques de cette stratégie.

Et Qiddiya n’en est pas à son premier projet Dragon Ball.

C’est même un point fondamental du dossier français.

En mars 2024, Qiddiya a officiellement annoncé la création du premier parc Dragon Ball au monde en Arabie saoudite.

Plus de 500 000 m².

Sept zones thématiques.

Plus de trente attractions.

Un Shenron de 70 mètres de haut.

Et même un grand huit traversant l’intérieur du dragon.

Le projet est développé avec Toei Animation dans le cadre d’un partenariat stratégique.

Autrement dit, Qiddiya possède déjà une expérience extrêmement concrète de l’exploitation de l’univers Dragon Ball.

Mais c’est justement là que les choses deviennent intéressantes.

L’accord saoudien ne signifie pas automatiquement que le parc français bénéficie des mêmes droits.

Le parc saoudien existe sur le papier. Le parc français doit encore passer l’épreuve des ayants droit

La différence est fondamentale.

Pour l’Arabie saoudite, Qiddiya et Toei Animation ont annoncé officiellement leur partenariat.

Toei a même présenté le parc Dragon Ball dans ses documents financiers et stratégiques comme un exemple de sa politique d’expansion internationale des propriétés intellectuelles japonaises.

Pour la France, en revanche, aucune communication équivalente des ayants droit japonais n’a encore été publiée.

C’est le point qui a été largement occulté lors de l’annonce politique du 24 août.

Selon les informations du Monde, plusieurs sources proches du dossier ont confirmé que l’autorisation permettant d’utiliser la marque et les personnages de Dragon Ball en France n’était pas encore acquise.

Ce n’est pas un détail administratif.

C’est potentiellement le verrou principal du projet.

Un parc Dragon Ball n’est pas simplement un terrain sur lequel on décide de construire une montagne russe.

Il faut pouvoir utiliser Goku.

Vegeta.

Shenron.

Bulma.

La Capsule Corporation.

Les décors.

Les noms.

Les logos.

Les personnages.

Les designs.

Et tout ce qui constitue l’identité commerciale de la franchise.

Il faut donc obtenir les autorisations correspondantes.

Et les droits Dragon Ball sont loin d’être simples

Le décès d’Akira Toriyama, en mars 2024, a encore complexifié la situation.

Le manga original et l’exploitation de l’univers Dragon Ball impliquent plusieurs acteurs majeurs.

Shueisha est l’éditeur historique du manga.

Bird Studio est la société fondée par Toriyama.

Toei Animation détient et exploite une partie essentielle des droits liés à l’animation.

Bandai Namco intervient notamment sur les jeux vidéo et de nombreuses activités commerciales liées à la franchise.

Il ne suffit donc pas nécessairement d’obtenir l’accord d’un seul interlocuteur et de poser immédiatement une statue de Goku à Courdimanche.

Les droits doivent être précisément définis selon les territoires, les supports et les usages.

Et un parc à thème représente probablement l’une des formes d’exploitation les plus lourdes qui soient.

Il ne s’agit plus de vendre un jouet ou de diffuser un épisode.

Il s’agit de construire physiquement un univers pendant plusieurs décennies.

Le précédent saoudien est justement le meilleur exemple

C’est là que le dossier devient presque paradoxal.

Qiddiya a déjà réussi à obtenir un partenariat majeur pour Dragon Ball.

Mais cet accord concerne le projet de Qiddiya City en Arabie saoudite.

Les documents de Toei Animation présentent explicitement le parc saoudien et son partenariat avec Qiddiya.

Cela ne signifie pas que les mêmes droits sont automatiquement transférés à la France.

Chaque territoire peut faire l’objet de négociations spécifiques.

Et le problème devient encore plus délicat lorsque le projet français est annoncé publiquement avant que l’ensemble des autorisations commerciales soient rendues publiques.

C’est exactement ce qui explique le malaise apparu après l’annonce.

L’Élysée n’a d’ailleurs pas officiellement détaillé « le parc Dragon Ball »

C’est un autre élément que les titres ont largement simplifié.

La déclaration franco-saoudienne publiée à l’issue de la visite du prince héritier parle d’une nouvelle destination mondiale polyvalente en Île-de-France, mêlant divertissement, loisirs, hôtellerie, culture et sport, pour environ 6 milliards d’euros.

Elle évoque jusqu’à trois grands équipements de divertissement.

Mais le texte officiel est beaucoup plus général que les annonces médiatiques consacrées à Goku.

Qiddiya, de son côté, a également communiqué de manière prudente sur l’idée d’explorer une nouvelle destination de loisirs en France.

La communication politique française a été beaucoup plus spectaculaire.

Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a carrément annoncé l’arrivée de Dragon Ball dans la région.

Et Emmanuel Macron a lui-même largement associé le projet à son intérêt pour les mangas.

C’est ainsi que s’est créée une situation assez inhabituelle :

le public a déjà l’impression que le parc Dragon Ball est décidé, alors qu’une partie essentielle de la négociation commerciale n’est pas encore publiquement verrouillée.

Une communication peut-elle aller trop vite ?

C’est l’un des points les plus sensibles du dossier.

Les ayants droit japonais sont réputés particulièrement attentifs à l’utilisation de leurs personnages et de leurs propriétés intellectuelles.

Le Monde, qui a enquêté sur le dossier, estime que cette communication prématurée pourrait même compliquer les négociations.

Pourquoi ?

Parce qu’annoncer publiquement qu’un parc Dragon Ball va ouvrir en France avant d’avoir obtenu tous les accords nécessaires peut donner l’impression que la décision appartient déjà aux pouvoirs publics et à l’investisseur.

Or ce sont les ayants droit qui disposent du pouvoir d’autoriser l’exploitation de la marque dans ce contexte.

Ce n’est pas Emmanuel Macron qui peut décider que Goku aura son parc.

Ce n’est pas Valérie Pécresse.

Ce n’est pas Qiddiya.

C’est une question de droits.

Et les droits sont japonais.

Le cas Naruto montre à quel point cela peut être compliqué

La France n’est pourtant pas étrangère aux parcs consacrés à la culture japonaise.

Un espace dédié à Naruto a récemment ouvert au Parc Spirou, dans le Vaucluse.

Mais cette opération bénéficiait d’une situation particulière : Média-Participations, propriétaire du parc, est également distributeur européen de la licence Naruto.

Le contexte juridique et commercial est donc très différent.

Le parc français Dragon Ball n’a pas cette facilité.

Qiddiya est un groupe saoudien.

L’investisseur doit négocier avec les ayants droit japonais.

Et il doit le faire dans un marché français déjà extrêmement exposé à la franchise.

Pourquoi la France intéresse autant Qiddiya

La question mérite d’être posée.

Pourquoi investir des milliards en France alors que Qiddiya développe déjà des projets gigantesques en Arabie saoudite ?

La réponse se trouve dans le tourisme.

Paris est déjà l’une des principales destinations touristiques du monde.

La région parisienne dispose d’une infrastructure hôtelière, ferroviaire et aérienne exceptionnelle.

Disneyland Paris attire des millions de visiteurs.

Le Parc Astérix constitue un autre acteur majeur.

Et la France possède une industrie touristique extrêmement développée.

Pour Qiddiya, installer une grande destination de loisirs près de Paris signifie donc accéder immédiatement à un marché touristique mondial.

Le calcul est assez évident.

Il ne s’agit pas seulement de convaincre les habitants du Val-d’Oise de venir faire une attraction Dragon Ball.

Il s’agit potentiellement d’attirer des touristes européens, américains, asiatiques et moyen-orientaux déjà présents à Paris.

La comparaison avec Disneyland n’est pas anodine

Emmanuel Macron a lui-même comparé l’ampleur du projet à celle de Disneyland Paris.

Cette comparaison doit cependant être maniée avec prudence.

Disneyland Paris est le résultat d’une implantation développée sur plusieurs décennies.

Le projet français de Qiddiya n’en est qu’à ses premières étapes.

Il n’existe pas encore de parc.

Pas de date d’ouverture officielle.

Pas de billetterie.

Pas de plan définitif publié.

Pas de calendrier détaillé des travaux.

Pas de répartition publique des 6 milliards d’euros entre les différentes composantes.

Et surtout, aucun détail complet sur les trois parcs.

Le chiffre de 6 milliards impressionne.

Mais il faut comprendre ce qu’il recouvre.

Six milliards d’euros : pour quoi exactement ?

C’est l’une des grandes questions laissées sans réponse.

Avant l’annonce officielle, les informations parlementaires parlaient d’un investissement supérieur à un milliard d’euros pour un complexe de loisirs d’environ 500 000 m².

Le député Aurélien Taché a déposé le 18 août deux questions écrites sur le projet.

La première porte notamment sur l’étude d’impact et la concertation.

La seconde demande au gouvernement de préciser le montage financier, la participation éventuelle de l’État ou des collectivités, les garanties publiques, les aides ou exonérations fiscales éventuelles et les contreparties négociées.

Six jours plus tard, le montant officiel annoncé passe à environ 6 milliards d’euros.

Mais le périmètre annoncé a lui aussi changé.

Il ne s’agit plus seulement d’un parc.

Il est désormais question d’une destination comprenant jusqu’à trois grands parcs et différentes activités liées à l’hôtellerie, à la restauration, à la culture et au sport.

Les chiffres ne sont donc pas nécessairement contradictoires.

Mais ils montrent une chose :

le projet a considérablement changé d’échelle au cours des négociations.

Et la ventilation des 6 milliards n’est pas encore connue publiquement.

Qui paiera réellement ?

Voilà une autre question que l’enthousiasme suscité par Dragon Ball a tendance à faire oublier.

Qiddiya est l’investisseur annoncé.

Le projet est donc présenté comme un investissement saoudien.

Mais un grand parc d’attractions ne fonctionne jamais uniquement avec un chèque destiné à construire des montagnes russes.

Il faut des routes.

Des transports.

Des réseaux d’eau.

De l’électricité.

Des parkings.

Des infrastructures hôtelières.

Des accès ferroviaires.

Des aménagements autour du site.

Et parfois des investissements publics qui accompagnent l’investissement privé.

À ce stade, aucune réponse publique complète ne permet de savoir quelle sera la répartition exacte entre financement privé et éventuelles dépenses publiques.

C’est précisément ce que la question parlementaire du 18 août cherchait à éclaircir.

Et au moment où nous écrivons, les réponses gouvernementales correspondantes ne sont pas encore publiées.

Il serait donc prématuré d’affirmer que l’intégralité des 6 milliards sera financée directement et exclusivement par Qiddiya.

Le chiffre des 22 000 emplois mérite lui aussi d’être regardé de près

22 000 emplois.

Le chiffre est spectaculaire.

Mais il faut faire attention à ce qu’il signifie.

La communication officielle parle d’emplois directs.

Cela ne veut pas dire que 22 000 personnes vont travailler simultanément dans un parc Dragon Ball.

Un projet de cette taille comprend des phases de construction, d’exploitation, d’hôtellerie, de restauration, de maintenance et de services.

La nature exacte des emplois, leur localisation et leur pérennité devront être documentées.

C’est là encore une question soulevée au Parlement avant même l’annonce officielle.

Le député Aurélien Taché demandait notamment quelles contreparties précises étaient négociées concernant le nombre et la qualité des emplois, les retombées économiques locales et les garanties associées.

Pour l’instant, le chiffre est donc une projection annoncée, pas un bilan.

Et puis il y a Courdimanche

C’est probablement l’autre grande histoire du dossier.

Parce que le futur parc n’est pas prévu n’importe où.

Il est question de l’ancien site de Mirapolis.

Un endroit chargé d’une histoire assez particulière.

Mirapolis ouvre en 1987.

À l’époque, Disneyland Paris n’existe pas encore.

Le Parc Astérix non plus.

Le projet français veut alors créer un immense parc autour des grands personnages de la littérature et du patrimoine national.

Son symbole est Gargantua.

La statue mesure 35 mètres.

L’ambition est énorme.

Mais l’aventure tourne court.

Mirapolis ferme au début des années 1990.

Depuis, le site est devenu une sorte de cicatrice du paysage francilien.

Des vestiges subsistent.

La végétation a repris ses droits.

Et pendant des décennies, plusieurs projets de reconversion ont été évoqués sans aboutir.

Le Parisien a récemment rappelé cette longue succession de projets abandonnés depuis la fermeture du parc.

Dragon Ball arrive donc sur un terrain qui connaît déjà les grands rêves de parcs d’attractions.

Et leurs échecs.

Le fantôme de Mirapolis plane sur le projet

C’est probablement l’ironie la plus frappante de cette histoire.

En 1987, Mirapolis voulait devenir une grande destination française du loisir.

Il devait attirer des millions de visiteurs.

Il a finalement fermé quelques années plus tard.

Aujourd’hui, un autre projet gigantesque veut ressusciter le site avec un concept totalement différent.

Plus de littérature française.

Goku.

Vegeta.

Shenron.

Capsule Corporation.

Et un financement venu d’Arabie saoudite.

L’histoire se répète, mais le monde a changé.

À l’époque de Mirapolis, la France cherchait encore à inventer ses propres grands parcs.

En 2026, elle cherche à attirer les capitaux internationaux capables de construire les suivants.

Un autre problème risque rapidement de devenir central : les transports

Courdimanche n’est pas Tokyo Disneyland.

Et le projet est situé dans un secteur qui n’a pas aujourd’hui les infrastructures d’un immense complexe touristique international.

C’est déjà l’une des principales inquiétudes exprimées par certains habitants.

Comment faire venir des millions de visiteurs ?

Par l’A15 ?

Par le RER A ?

Par le train ?

Par des navettes ?

Par des autocars ?

Comment gérer les flux les jours de forte affluence ?

Comment éviter que les visiteurs de passage à Paris ne passent plus de temps dans les transports que dans le parc ?

Ces questions ne sont pas secondaires.

Pour un parc à thème, l’accessibilité peut faire ou défaire un projet.

Disneyland Paris dispose d’une gare TGV et du RER A.

Le futur complexe de Cergy devra démontrer qu’il peut absorber une fréquentation internationale sans transformer les routes locales en parking géant.

Le Parisien a déjà recueilli les interrogations d’habitants sur ce sujet quelques jours après l’annonce.

Et l’environnement ?

Là encore, l’annonce politique ne constitue que le début du processus.

Construire un complexe de cette ampleur signifie forcément étudier la consommation d’espace, l’eau, l’énergie, la biodiversité, les déplacements et les conséquences sur le trafic.

Les questions parlementaires déposées avant l’annonce officielle portaient précisément sur l’étude d’impact et la concertation.

Autrement dit, même avant que le président de la République ne prononce le mot « Dragon Ball », les problèmes classiques d’un projet d’aménagement de cette taille existaient déjà.

Un parc d’attractions n’est pas seulement une attraction.

C’est une ville miniature.

Il faut la nourrir.

L’alimenter.

La desservir.

La nettoyer.

La sécuriser.

Et gérer chaque jour les flux de milliers, voire de dizaines de milliers de personnes.

Le terrain n’est pas une page blanche

Autre élément rarement évoqué dans les annonces enthousiastes : le site est actuellement occupé et utilisé.

Des familles de gens du voyage y sont notamment installées depuis plusieurs années selon les informations rapportées par l’AFP et la presse locale.

La transformation du site nécessitera donc également de régler des questions foncières et humaines.

Ce n’est pas un simple problème de bulldozer.

Avant de construire les montagnes russes de Goku, il faudra régler ce qui se trouve aujourd’hui sur le terrain.

Et ces questions peuvent prendre du temps.

La dimension saoudienne ne peut pas être ignorée

Il serait également étrange d’écrire un article sur ce projet sans parler de l’Arabie saoudite.

Qiddiya est directement liée à la stratégie Vision 2030 du royaume.

L’objectif est connu : réduire la dépendance de l’économie saoudienne aux revenus pétroliers et développer de nouveaux secteurs, notamment le tourisme, le divertissement, le sport et la culture.

Dragon Ball s’inscrit parfaitement dans cette logique.

Le parc saoudien permet à Qiddiya de toucher un public international.

Le projet français permettrait d’aller encore plus loin.

Il ne s’agit plus seulement de faire venir des touristes à Riyad.

Il s’agit d’installer une vitrine saoudienne au cœur de l’un des plus grands marchés touristiques du monde.

C’est une opération économique.

Mais c’est également une opération d’image.

Le soft power par les montagnes russes

Le terme peut sembler grandiloquent.

Pourtant, il décrit assez bien la stratégie.

Pendant longtemps, l’influence internationale d’un pays passait principalement par sa diplomatie, ses entreprises, son armée ou sa culture.

Aujourd’hui, le divertissement est devenu un outil d’influence considérable.

L’Arabie saoudite investit massivement dans le sport.

Dans les événements internationaux.

Dans les jeux vidéo.

Dans le tourisme.

Dans les grands projets culturels.

Et désormais dans les parcs à thème.

Installer un immense complexe de loisirs près de Paris permettrait à Qiddiya de devenir beaucoup plus visible auprès du public européen.

Et utiliser une marque aussi populaire que Dragon Ball serait évidemment un accélérateur formidable.

Pour la France, l’opération est tout aussi stratégique

Emmanuel Macron a immédiatement présenté le projet comme une preuve de l’attractivité française.

Le message est simple :

la France peut encore accueillir des investissements internationaux gigantesques.

La région Île-de-France tient exactement le même discours.

Valérie Pécresse affirme que la Région travaille depuis environ 18 mois sur le projet et présente l’investissement envisagé de 6 milliards d’euros comme l’un des plus importants jamais accueillis dans la région. Elle évoque également un potentiel d’environ 20 000 emplois directs.

Pour les responsables politiques locaux, le calcul est évidemment tentant.

Un projet de cette taille signifie des emplois, des infrastructures, des visiteurs et potentiellement des recettes fiscales.

Mais il implique également des coûts et des contraintes.

C’est précisément pour cela que les conditions financières et environnementales devront être rendues publiques.

Le plus étonnant : Dragon Ball pourrait devenir le problème du projet

Cela paraît absurde.

On annonce un investissement de 6 milliards d’euros et c’est la licence d’un manga qui risque de devenir le principal obstacle.

Mais c’est exactement ce qui pourrait arriver.

Construire le complexe est un problème d’ingénierie.

Financer le complexe est un problème économique.

Obtenir les autorisations administratives est un problème politique.

Mais obtenir Dragon Ball est un problème de propriété intellectuelle.

Et cette dernière décision appartient aux ayants droit.

Sans eux, il n’y a pas de Goku.

Pas de Shenron.

Pas de Capsule Corporation.

Pas de Vegeta.

Et pas de parc Dragon Ball.

Le paradoxe de l’annonce

C’est probablement le point le plus important de toute cette affaire.

Le parc Dragon Ball français a été présenté comme l’un des éléments les plus spectaculaires du projet.

Pourtant, les informations officielles disponibles ne permettent pas encore de le considérer comme aussi sécurisé juridiquement que le parc Dragon Ball de Qiddiya City.

Le parc saoudien bénéficie d’un partenariat clairement annoncé avec Toei Animation.

Le projet français, lui, est encore dans une phase où plusieurs éléments essentiels doivent être finalisés.

Cette nuance n’est pas destinée à tuer le rêve.

Au contraire.

Elle permet simplement de comprendre où nous en sommes réellement.

Alors, le parc Dragon Ball verra-t-il le jour ?

Il est beaucoup trop tôt pour répondre avec certitude.

Le projet général de Qiddiya en Île-de-France est réel.

Le protocole d’accord est réel.

Les négociations ont réellement eu lieu.

Les autorités françaises et saoudiennes travaillent réellement sur le dossier.

La région affirme travailler dessus depuis 18 mois.

Et Qiddiya possède déjà une expérience concrète de parc Dragon Ball en Arabie saoudite.

Tous ces éléments rendent l’hypothèse crédible.

Mais crédible ne signifie pas garanti.

Avant de voir Goku débarquer à Courdimanche, plusieurs étapes doivent encore être franchies.

La licence doit être sécurisée.

Le foncier doit être maîtrisé.

Les études doivent être menées.

Les autorisations administratives doivent être obtenues.

Les infrastructures doivent être dimensionnées.

Le financement doit être structuré.

Les collectivités doivent déterminer précisément ce qui relève du privé et ce qui relève de l’investissement public.

Et le projet architectural devra être présenté.

À ce moment-là seulement, on pourra commencer à parler sérieusement d’un futur parc.

Le plus grand piège serait de confondre annonce et chantier

Pour l’instant, il n’y a pas de montagnes russes Dragon Ball en France.

Il n’y a pas de statue de Shenron.

Il n’y a pas de Capsule Corporation.

Il n’y a pas de billetterie.

Il n’y a pas de date d’ouverture officielle.

Il n’y a même pas encore de concept architectural français rendu public permettant de savoir à quoi ressemblera réellement le parc.

Les magnifiques images de Shenron de 70 mètres que l’on voit circuler sur Internet appartiennent au projet saoudien de Qiddiya City, annoncé officiellement en 2024. Elles ne constituent pas les plans du futur parc français.

C’est une distinction essentielle.

Et pourtant, elle disparaît déjà dans une partie des publications consacrées au sujet.

Un rêve français construit sur un modèle saoudien

Voilà finalement ce qui rend ce projet fascinant.

Le futur parc Dragon Ball français, s’il voit le jour, ne sera pas simplement un nouveau parc à thème.

Il sera le résultat de la rencontre de quatre mondes.

Celui de la culture populaire japonaise.

Celui de l’industrie française du tourisme.

Celui des capitaux saoudiens.

Et celui de la politique française.

Goku sera peut-être l’image visible.

Mais derrière lui se trouveront des contrats, des licences, des études d’impact, des négociations foncières, des infrastructures et des milliards d’euros.

C’est cette partie-là qui mérite d’être racontée.

Et il y a une dernière ironie

Mirapolis avait été imaginé pour raconter les grands mythes français.

Gargantua en était la figure centrale.

Trente-cinq ans après la fermeture du parc, le même terrain pourrait accueillir l’un des personnages les plus célèbres de la culture populaire japonaise.

Gargantua contre Goku.

La France des légendes contre le Japon du manga.

Et entre les deux, l’Arabie saoudite.

Si le projet aboutit, ce sera sans doute l’un des exemples les plus étonnants de mondialisation culturelle jamais construits en France.

Mais avant de rêver au Kame House sur les bords de l’Oise, il faudra répondre à une question beaucoup plus terre à terre :

les ayants droit japonais diront-ils oui ?

Pour l’instant, c’est le dragon que personne ne voit encore.

Et peut-être le plus difficile à dompter.

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