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Les chiffres japonais : quand compter devient une autre façon de penser

Les chiffres japonais : quand compter devient une autre façon de penser

Apprendre à compter en japonais fait souvent partie des premières étapes de l’apprentissage de la langue. Pourtant, derrière quelques kanji apparemment simples se cache une manière de concevoir les nombres très différente de la nôtre.

Car si les Japonais utilisent aujourd’hui les chiffres arabes comme tout le monde, leur système de numération conserve un héritage direct de la Chine ancienne. Cet héritage influence encore la façon de compter, de lire les grands nombres et même certaines superstitions du quotidien.

Une numération héritée de la Chine

Comme les kanji, le système de numération japonais est d’origine chinoise.

Les caractères utilisés pour écrire les chiffres sont pratiquement les mêmes que ceux employés en Chine il y a plusieurs siècles. Ainsi, lorsqu’un Japonais écrit :

  • 一 (ichi) : 1
  • 二 (ni) : 2
  • 三 (san) : 3

il utilise des caractères vieux de plusieurs millénaires.

C’est d’ailleurs l’une des rares choses qu’un Japonais, un Chinois et parfois même un Coréen peuvent comprendre à l’écrit sans parler la même langue.

Pourquoi le chiffre 4 porte malheur

Parmi tous les chiffres japonais, le plus célèbre est sans doute le 4.

Il peut se prononcer de deux façons :

  • yon
  • shi

Le problème est que shi se prononce exactement comme le kanji 死, qui signifie « mort ».

Cette ressemblance est prise très au sérieux dans certains contextes. Dans les hôpitaux japonais, il n’est pas rare que les chambres numéro 4 soient évitées. Certains immeubles sautent même parfois le quatrième étage, exactement comme certains hôtels occidentaux évitent le numéro 13.

La même superstition existe avec le chiffre 9, dont l’une des lectures, ku, peut évoquer la souffrance ou la douleur.

Comme quoi, les Japonais ont eux aussi leurs chiffres maudits.

Compter jusqu’à 10 est facile…

Jusqu’à dix, le système japonais est particulièrement logique :

  • ichi
  • ni
  • san
  • yon
  • go
  • roku
  • nana
  • hachi
  • kyū
  • jū

À première vue, rien de bien compliqué.

Les choses deviennent toutefois plus intéressantes lorsqu’on commence à construire les nombres.

Ainsi :

  • 11 = dix + un
  • 15 = dix + cinq
  • 37 = trois dizaines + sept

La logique est d’une remarquable simplicité.

Là où les Occidentaux se perdent

La véritable difficulté apparaît avec les grands nombres.

En Europe, nous raisonnons par groupes de trois chiffres :

  • mille
  • million
  • milliard

Les Japonais, eux, raisonnent par groupes de quatre chiffres.

L’unité fondamentale n’est pas 1 000 mais 10 000 :

man (万)

Ainsi :

  • 10 000 = ichi man
  • 100 000 = jū man
  • 1 000 000 = hyaku man

Pour un Japonais, un million n’est donc pas vraiment un million mais « cent fois dix-mille ».

Cette différence déroute la plupart des occidentaux qui apprennent la langue.

Le choc du premier milliard

Le système devient encore plus étrange lorsqu’on dépasse le million.

Après man vient :

  • oku (億) = 100 millions

Autrement dit :

  • 100 000 000 = 1 oku

Puis vient :

  • chō (兆) = 1 000 milliards

C’est à ce moment-là que beaucoup d’étudiants étrangers abandonnent provisoirement toute tentative de calcul mental.

Pourtant les Japonais considèrent ce système parfaitement naturel, exactement comme nous trouvons normal de parler en millions ou en milliards.

Les kanji contre les chiffres arabes

Contrairement à une idée reçue, les Japonais n’écrivent quasiment jamais les nombres du quotidien en kanji.

Comme chez nous, les chiffres arabes sont omniprésents :

  • prix
  • horaires
  • numéros de téléphone
  • statistiques
  • panneaux

Les kanji sont surtout utilisés dans les contextes officiels, traditionnels ou lorsque l’on souhaite apporter une dimension plus élégante à l’écriture.

Un peu comme si nous écrivions « mille neuf cent quatre-vingt-quatorze » au lieu de « 1994 ».

Une autre façon de voir le monde

Ce qui rend la numération japonaise fascinante, ce n’est pas sa complexité.

C’est surtout qu’elle rappelle que les mathématiques ne sont pas toujours organisées de la même manière selon les cultures.

Nous avons tendance à croire qu’un milliard ou un million sont des notions universelles. Pourtant, les Japonais découpent les nombres autrement, parce que leur histoire linguistique a suivi une autre trajectoire.

Et c’est probablement ce qui rend l’apprentissage du japonais si passionnant : même lorsqu’on pense simplement apprendre à compter, on découvre en réalité une autre manière de penser.

 

 

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