Aux sources des mythes japonais
La mythologie japonaise trouve principalement son origine dans le shintoïsme, la religion traditionnelle du Japon. Ses récits fondateurs sont rapportés dans plusieurs textes anciens, notamment le Kojiki (« Chronique des faits anciens »), rédigé au VIIIᵉ siècle, considéré comme le plus ancien recueil de mythes japonais.
D’autres ouvrages comme le Nihon Shoki, les Fudoki, le Shintōshū ou encore le Hotsuma Tsutae proposent parfois des versions différentes des mêmes légendes. Ces récits cherchent à expliquer l’origine du monde, des divinités, de l’archipel japonais et de la famille impériale.
Les premières divinités
À l’origine, le ciel et la terre forment un chaos indistinct. Cinq divinités primordiales apparaissent alors dans le royaume céleste de Takama-ga-hara, les Hautes Plaines Célestes.
Parmi elles figurent notamment Ame-no-Minakanushi, Takami-musubi et Kami-musubi, considérées comme les premières forces organisatrices de l’univers. Ces divinités demeurent cependant relativement discrètes dans les récits ultérieurs.
Les générations suivantes de dieux se succèdent jusqu’à l’apparition du couple le plus important de la mythologie japonaise : Izanagi et Izanami.
Izanagi et Izanami, créateurs du Japon
Chargés de donner forme au monde, Izanagi et Izanami se tiennent sur le pont céleste suspendu entre le ciel et la mer. À l’aide de la lance sacrée Ame-no-Nuboko, ils brassent les eaux primordiales.
Les gouttes tombées de la lance forment alors la première île, Onogoro.
Après avoir établi leur demeure sur cette île, ils s’unissent et donnent naissance aux principales îles de l’archipel japonais :
Awaji, Shikoku, Kyūshū, Honshū, Iki, Tsushima, Sado et d’autres terres sacrées.
Ils engendrent également de nombreuses divinités associées à la nature, aux montagnes, aux rivières, aux vents et aux différentes forces du monde.
La naissance du cycle de la vie et de la mort
Le drame survient lorsque la déesse Izanami donne naissance au dieu du feu Kagutsuchi. Gravement brûlée, elle succombe à ses blessures et rejoint le Yomi, le royaume des morts.
Inconsolable, Izanagi descend dans ce monde souterrain afin de la ramener parmi les vivants.
Mais lorsqu’il découvre son épouse décomposée et transformée par le royaume des morts, il prend peur et s’enfuit. Furieuse d’avoir été abandonnée, Izanami le poursuit.
Au terme de leur séparation définitive, Izanami promet de faire mourir chaque jour mille êtres humains, tandis qu’Izanagi répond qu’il fera naître mille cinq cents enfants quotidiennement.
Ainsi naît symboliquement le cycle éternel de la vie et de la mort.
La naissance d’Amaterasu, Tsukuyomi et Susanoo
Après son retour du monde des morts, Izanagi accomplit un rituel de purification.
De cette purification naissent les trois divinités majeures du panthéon japonais :
Amaterasu, déesse du Soleil, surgit de son œil gauche.
Tsukuyomi, dieu de la Lune, naît de son œil droit.
Susanoo, dieu de l’orage et des tempêtes, apparaît de son nez.
Izanagi partage alors son royaume entre eux. Amaterasu reçoit les cieux, Tsukuyomi la nuit et la lune, tandis que Susanoo obtient les mers et les tempêtes.
Le retrait d’Amaterasu
Susanoo possède un caractère impétueux et destructeur. Après plusieurs actes de violence dans le royaume céleste, il provoque la colère de sa sœur Amaterasu.
Choquée par son comportement, la déesse se réfugie dans la grotte céleste d’Amano-Iwato, privant le monde entier de lumière.
Pour la faire sortir, les autres divinités organisent une fête devant l’entrée de la grotte. La déesse Ame-no-Uzume exécute une danse si joyeuse qu’elle déclenche les rires de tous les dieux.
Intriguée, Amaterasu entrouvre la grotte. Un miroir est alors placé devant elle. Voyant son propre reflet et croyant découvrir une déesse plus éclatante qu’elle-même, elle s’avance et les divinités referment aussitôt l’accès à la caverne.
La lumière revient ainsi dans le monde.
Susanoo et le dragon Yamata-no-Orochi
Banni des cieux, Susanoo descend sur Terre où il rencontre un couple désespéré. Un serpent gigantesque à huit têtes, Yamata-no-Orochi, dévore régulièrement leurs filles et réclame désormais la dernière.
Susanoo promet de la sauver.
Il fait préparer huit cuves remplies de saké très fort. Attiré par l’alcool, le monstre boit jusqu’à l’ivresse et s’endort.
Le dieu profite alors de son sommeil pour le découper.
Dans la queue du dragon, Susanoo découvre une épée merveilleuse appelée Kusanagi no Tsurugi, qu’il offre ensuite à Amaterasu pour obtenir son pardon.
Cette arme deviendra l’un des trésors les plus sacrés du Japon.
Ōkuninushi et le lapin blanc d’Inaba
Parmi les récits les plus célèbres figure également l’histoire de Ōkuninushi.
Sur sa route, il rencontre un lapin gravement blessé après avoir trompé des requins. Alors que ses frères lui donnent de mauvais conseils, Ōkuninushi lui indique comment guérir ses blessures.
Reconnaissant, le lapin prédit qu’il épousera la princesse qu’il convoite.
Cette légende illustre les valeurs de compassion, de bonté et d’humilité qui traversent de nombreux récits japonais.
Fūjin et Raijin
La mythologie japonaise compte également d’autres divinités populaires.
Fūjin est le dieu du vent. Il est généralement représenté comme un démon portant sur ses épaules un immense sac contenant les vents du monde.
Raijin, son frère, est le dieu du tonnerre et de la foudre. Il est souvent représenté entouré de tambours qu’il frappe pour produire les éclairs.
Leur image est devenue emblématique de l’art japonais et apparaît encore aujourd’hui dans de nombreux mangas, films, jeux vidéo et estampes.
Les trois trésors sacrés
Lorsque la déesse Amaterasu décide d’envoyer son petit-fils Ninigi gouverner la Terre, elle lui remet trois objets sacrés :
Le miroir Yata no Kagami, symbole de sagesse et de vérité.
Le joyau Yasakani no Magatama, symbole de bienveillance et de légitimité.
L’épée Kusanagi no Tsurugi, symbole de courage et de puissance.
Ces trois trésors constituent encore aujourd’hui les emblèmes sacrés de la maison impériale japonaise.
L’origine de la famille impériale
Selon la tradition mythologique, Ninigi descend sur Terre puis fonde une lignée dont est issu Jimmu, considéré comme le premier empereur du Japon.
Cette généalogie fait de la famille impériale la descendante directe de la déesse du Soleil Amaterasu.
Pendant des siècles, cette origine divine a constitué l’un des fondements symboliques de l’autorité impériale. Elle demeure un élément important du patrimoine culturel et religieux japonais.
Une mythologie toujours vivante
La mythologie japonaise continue aujourd’hui d’exercer une influence considérable sur la culture du Japon. Elle inspire le shintoïsme, les arts traditionnels, la littérature, les mangas, les films d’animation et les jeux vidéo.
Des œuvres comme Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro, Naruto, Final Fantasy ou encore Okami puisent largement dans cet immense réservoir de légendes et de symboles.
À travers ses récits de création, ses dieux, ses monstres et ses héros, la mythologie japonaise offre une vision du monde où les humains, la nature et le divin sont profondément liés, formant un univers riche qui continue de fasciner bien au-delà des frontières du Japon.



