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Basilisk : quand deux clans de ninjas règlent une succession à coups de sabre

Basilisk : quand deux clans de ninjas règlent une succession à coups de sabre

Il y a des animes qui posent une question simple et la compliquent à mesure qu’on avance, et d’autres qui posent d’emblée un dilemme impossible et ne cherchent plus qu’à en explorer toutes les nuances jusqu’à la dernière image. Basilisk appartient clairement à la seconde catégorie — et c’est précisément ce qui en fait une référence.

Une chaîne d’adaptation en trois temps

Basilisk ~Kōga Ninpō-chō~ est une série produite par le studio GONZO, diffusée au Japon à partir d’avril 2005 et qui a fait grand bruit dès sa sortie. Elle adapte le manga de Masaki Segawa, lui-même tiré du roman Kōga Ninpōchō (1958) de Yamada Fūtarō — l’un des tout premiers grands succès de cet auteur dans le genre du ninpōchō, le conte de ninjas, bien avant qu’il ne devienne l’un des romanciers populaires les plus prolifiques du Japon. Si l’anime vous plaît, ses autres récits du genre valent le détour : Ninō Chūshingura, Kunoichi Ninpōchō, ou encore Makai Tenshō, adapté lui aussi au cinéma sous le titre Samurai Reincarnation. Le roman original de Basilisk a d’ailleurs connu sa propre adaptation cinématographique parallèle, sous le titre Shinobi.

Une guerre de succession qui vire au carnage

L’histoire se déroule sous l’ère Edo. Le shogun Ieyasu Tokugawa, retiré du pouvoir mais toujours influent dans l’ombre, doit trancher lequel de ses deux petits-fils succédera à son propre fils Hidetada à la tête du shogunat. Pour éviter une guerre de succession ouverte, son conseiller, le moine Nankôbō Tenkai, lui suggère une solution radicale : faire s’affronter à mort les dix meilleurs combattants de deux clans ninjas légendaires, Iga et Kôga — chaque clan représentant l’un des deux héritiers, Takechiyo d’un côté, Kunichiyo de l’autre.

Le choix est loin d’être anodin. Les deux clans se haïssent depuis plus de quatre cents ans et n’avaient cessé leurs hostilités que grâce à un traité de non-agression imposé en son temps par l’ancêtre d’Hattori Hanzō, seigneur féodal ayant autorité sur les deux camps. En rouvrant ce vieux conflit pour régler une question de succession, le shogunat libère une haine que personne ne maîtrise plus vraiment : dès l’annonce de la rupture du pacte, les deux clans se jettent l’un sur l’autre avec une violence immédiate et sans retenue.

Un impossible amour au cœur du massacre

À cette trame déjà tendue s’ajoute un second fil, plus intime : les héritiers des deux clans, Kôga Gennosuke et Iga Oboro, sont sincèrement amoureux l’un de l’autre. Pris dans l’engrenage de cette guerre par procuration, ils doivent composer avec un dilemme qui n’offre aucune issue satisfaisante — la survie de leur clan contre un amour rendu par nature impossible. Ce déchirement innerve la quasi-totalité des décisions prises par les deux camps et donne à l’ensemble une profondeur dramatique que le simple prétexte de la guerre de ninjas ne suffirait pas à porter seul.

La mécanique du récit se corse encore lorsque le clan Iga intercepte, par accident, le message destiné aux Kôga annonçant la rupture du traité — et choisit d’en profiter pour éliminer discrètement des ninjas Kôga sans qu’Oboro n’en soit informée. Un choix qui alimente la spirale de vengeance à venir.

Vingt personnages, aucun manichéisme

Avec vingt combattants d’importance à faire exister — dix par clan —, la série réussit le pari de donner à chacun une psychologie propre, sans jamais transformer l’un des deux camps en bloc monolithique du bien ou du mal. Chaque clan compte dans ses rangs des figures d’une noblesse certaine et d’autres nettement plus troubles, ce qui empêche le spectateur de prendre franchement parti — une ambiguïté qui rappelle, toutes proportions gardées, la manière dont Clamp construit ses affrontements dans X. Ce sont des personnages programmés pour mourir dès le lendemain de leur introduction, et c’est précisément cette fatalité assumée qui rend leurs parcours aussi marquants.

L’autre grand plaisir de la série tient à la découverte progressive des techniques de combat propres à chaque ninja, de plus en plus spectaculaires à mesure que l’intrigue avance — la révélation du pouvoir de Kôga Gennosuke, vers le dixième épisode, reste l’un des sommets de la série après un personnage jusque-là tout en retenue.

Une réalisation à la hauteur de l’ambition

Sur le plan formel, Basilisk tient toutes ses promesses : combats violents et réalistes, chorégraphies fluides et soignées, direction artistique marquante signée Michinori Chiba, qui confère à chaque personnage une silhouette immédiatement reconnaissable. La bande originale colle parfaitement à l’action, et le générique d’ouverture interprété par le groupe Onmyōza reste l’un des marqueurs les plus identifiables de la série.

Vingt-quatre épisodes qui se dévorent sans temps mort : pour qui aime les scénarios bien construits et les récits d’arts martiaux ancrés dans le Japon féodal, Basilisk reste, deux décennies après sa diffusion, une référence largement méritée du genre.

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