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Pourquoi les dramas japonais sont-ils si différents des séries coréennes ?

Pourquoi les dramas japonais sont-ils si différents des séries coréennes ?

Il suffit parfois de regarder deux séries racontant une histoire assez proche pour comprendre qu’elles ne viennent pas du même univers. D’un côté, un drama japonais : épisodes relativement courts, narration souvent resserrée, décors du quotidien, personnages parfois ordinaires et une grande importance accordée aux silences, aux gestes et aux petits détails. De l’autre, une série coréenne : épisodes beaucoup plus longs, photographie particulièrement travaillée, romances développées sur la durée, rebondissements réguliers et production visuelle souvent proche du cinéma.

Pourtant, les deux pays produisent aujourd’hui des séries extrêmement populaires à l’étranger. Les K-dramas ont conquis Netflix et les plateformes internationales, tandis que les dramas japonais continuent de séduire un public fidèle, notamment grâce à leurs adaptations de mangas, leurs comédies romantiques, leurs séries policières et leurs histoires intimistes.

Alors, pourquoi ces deux industries semblent-elles raconter des histoires si différentes ?

La réponse tient à plusieurs facteurs : l’histoire de la télévision dans les deux pays, les formats de diffusion, les habitudes du public, la place du manga au Japon, le financement des productions et surtout deux conceptions différentes de la narration télévisuelle.

Le drama japonais vient d’abord de la télévision

Pour comprendre le drama japonais, il faut revenir à son histoire.

Le terme dorama est simplement la transcription japonaise du mot anglais « drama ». Il désigne aujourd’hui les séries télévisées japonaises, qu’elles soient dramatiques, romantiques, policières, comiques ou fantastiques.

Pendant des décennies, le drama japonais a été conçu avant tout pour la télévision traditionnelle.

Les grandes chaînes programment leurs séries selon des créneaux précis, souvent associés à un jour de la semaine et à une case horaire particulière. Les saisons sont généralement courtes : une dizaine d’épisodes environ, avec quelques exceptions.

Cette contrainte a profondément influencé l’écriture.

Une histoire japonaise n’a pas nécessairement besoin de durer seize, vingt ou vingt-quatre épisodes pour être racontée. Le scénario doit souvent installer rapidement ses personnages, développer son intrigue et parvenir à une conclusion dans un nombre d’épisodes limité.

Cela explique une caractéristique assez fréquente des dramas japonais : ils vont droit au but.

Là où une série coréenne peut prendre plusieurs épisodes pour développer une relation sentimentale ou installer un conflit familial, un drama japonais peut parfois régler une partie de l’intrigue en un seul épisode.

Les épisodes sont généralement beaucoup plus courts

C’est l’une des différences les plus visibles.

Un drama japonais compte souvent des épisodes d’environ 45 à 60 minutes. Les séries spéciales peuvent adopter d’autres formats, mais la durée reste généralement relativement contenue.

Les dramas coréens, eux, ont longtemps été construits autour d’épisodes pouvant approcher ou dépasser une heure, avec des saisons traditionnelles de seize épisodes très fréquentes.

Cela peut sembler être un détail technique. En réalité, cela change complètement la façon d’écrire.

Une série qui dispose de seize épisodes d’une heure peut multiplier les intrigues secondaires, faire évoluer progressivement les relations entre les personnages et introduire davantage de retournements.

Une série japonaise de dix épisodes doit faire des choix.

Cette différence contribue à donner aux dramas japonais cette impression de narration parfois plus sèche, plus directe ou plus elliptique.

Le Japon a une arme culturelle que la Corée n’a pas au même niveau : le manga

Impossible de comprendre la production japonaise sans évoquer le manga.

Depuis plusieurs décennies, les éditeurs japonais entretiennent un écosystème extrêmement puissant autour de la bande dessinée. De nombreux dramas sont ainsi adaptés de mangas ou de romans à succès.

Cette particularité a des conséquences importantes.

Les personnages peuvent être très typés. Les situations peuvent être volontairement extravagantes. La mise en scène peut reprendre certains codes visuels du manga : expressions accentuées, personnages caricaturaux, humour physique, situations improbables ou changements de ton brutaux.

Un drama japonais peut donc passer en quelques minutes d’une scène très sérieuse à une séquence franchement absurde.

Pour un spectateur habitué aux productions occidentales ou coréennes, cette rupture peut sembler étrange.

Elle est pourtant parfaitement cohérente avec la culture narrative japonaise.

Le Japon possède également une longue tradition d’adaptations de mangas en films, séries animées et dramas. Les producteurs savent qu’une œuvre populaire dispose déjà d’une communauté de lecteurs susceptible de devenir une audience télévisuelle.

En Corée, le drama est devenu une véritable industrie d’exportation

La situation coréenne est différente.

La Corée du Sud a progressivement développé une industrie audiovisuelle extrêmement compétitive, notamment dans le cadre de la Hallyu, la vague culturelle coréenne.

Les séries coréennes ont bénéficié d’investissements importants, d’une montée en gamme spectaculaire de la production et, plus récemment, du soutien massif des plateformes internationales.

Le résultat est visible à l’écran.

Décors sophistiqués, photographie cinématographique, costumes particulièrement travaillés, musique originale omniprésente et casting de vedettes : le K-drama contemporain est souvent pensé comme un produit audiovisuel susceptible de circuler bien au-delà du marché coréen.

Cette ambition internationale influence directement la manière de raconter les histoires.

Les séries doivent être immédiatement compréhensibles, visuellement attractives et capables de retenir le spectateur d’un épisode au suivant.

La romance n’occupe pas exactement la même place

C’est probablement l’un des domaines où la différence est la plus évidente.

La romance est extrêmement présente dans les deux pays, mais elle n’est pas traitée de la même façon.

Les K-dramas ont développé une véritable spécialité autour de la romance feuilletonnante.

Une relation peut constituer le cœur de l’histoire pendant seize épisodes. Les malentendus, les séparations, les retrouvailles, les triangles amoureux et les obstacles familiaux permettent de maintenir la tension sur toute la série.

Au Japon, la romance peut être beaucoup plus discrète.

Un drama peut raconter une histoire d’amour sans nécessairement faire de la relation amoureuse son unique moteur narratif.

Les personnages peuvent également rester longtemps dans une forme de retenue émotionnelle.

Les regards, les silences, les hésitations ou les petits gestes peuvent avoir davantage d’importance que les grandes déclarations.

Cela ne signifie évidemment pas que les Japonais seraient « moins romantiques » que les Coréens. Il s’agit simplement de codes narratifs différents.

Les personnages japonais sont souvent plus ordinaires

Autre différence frappante : la place du quotidien.

Les dramas japonais aiment souvent partir de situations très banales.

Un salarié qui déteste son travail. Une infirmière débutante. Un professeur confronté à une classe difficile. Un cuisinier. Un avocat. Un étudiant. Une famille qui rencontre des problèmes financiers.

Cette banalité apparente peut devenir précisément le sujet de la série.

Le drama japonais possède une longue tradition de récits professionnels et sociaux : médecine, éducation, justice, restauration, administration, entreprise, sport ou vie familiale.

Le travail occupe notamment une place considérable.

Il n’est pas rare qu’une série utilise un métier pour parler indirectement de la société japonaise, des rapports hiérarchiques, de la pression professionnelle ou des relations entre générations.

Les K-dramas abordent également ces sujets, mais ils ont davantage tendance à les intégrer dans des intrigues plus spectaculaires.

Le Japon aime les histoires qui parlent du groupe

Une autre clé se trouve dans la place accordée au collectif.

De nombreux dramas japonais s’intéressent moins à la réussite individuelle qu’aux relations entre les membres d’un groupe.

Une équipe sportive, une classe, une brigade de police, un service hospitalier, une entreprise ou une famille deviennent ainsi les véritables personnages de la série.

Le héros n’est pas toujours celui qui domine les autres.

Il peut être celui qui apprend à travailler avec eux.

Cette approche se retrouve notamment dans les dramas scolaires et sportifs.

L’objectif n’est pas nécessairement de devenir le meilleur, mais de progresser ensemble, de retrouver confiance ou de comprendre sa place dans le groupe.

Cela explique aussi pourquoi certaines séries japonaises peuvent sembler moins centrées sur la « réussite » individuelle que certaines productions coréennes.

Et pourtant, les Japonais savent être extrêmement mélodramatiques

Il serait toutefois dangereux de réduire le drama japonais à une forme de minimalisme tranquille.

Le Japon possède également une impressionnante tradition de mélodrame.

Maladies, décès, séparations, handicaps, traumatismes familiaux, amours impossibles : certaines séries peuvent être extrêmement émotionnelles.

Mais même lorsqu’il devient mélodramatique, le drama japonais adopte souvent une narration moins démonstrative.

Une émotion peut être exprimée par une réaction minuscule plutôt que par une longue scène de confrontation.

Un personnage qui ne répond pas.

Une porte qui se referme.

Un regard.

Un silence.

Une personne qui prépare simplement un repas pour quelqu’un qu’elle aime.

Cette économie de moyens peut produire une émotion très différente de celle recherchée par les grands mélodrames coréens.

Les Japonais acceptent davantage les changements de ton

C’est une caractéristique qui peut dérouter les nouveaux spectateurs.

Un drama japonais peut être sérieux, puis comique, puis émouvant, puis complètement absurde.

Les frontières entre les genres sont parfois étonnamment perméables.

Une série policière peut contenir énormément d’humour. Une comédie romantique peut aborder des thèmes sociaux particulièrement sérieux. Un drama médical peut alterner scènes tragiques et moments franchement comiques.

Cette liberté est notamment héritée du manga et de l’animation japonaise, où les changements de ton sont fréquents.

Les K-dramas utilisent également l’humour, mais leur structure narrative tend souvent à maintenir une tonalité générale plus homogène, particulièrement lorsqu’il s’agit de productions haut de gamme destinées à l’international.

Pourquoi les dramas japonais paraissent-ils parfois « moins beaux » ?

C’est une critique que l’on entend régulièrement depuis l’explosion internationale des K-dramas.

Face à une production coréenne récente, certains dramas japonais peuvent donner une impression de budget plus limité.

Il ne faut cependant pas confondre esthétique et qualité.

La Corée du Sud a énormément investi dans la fabrication d’une image internationale de ses productions. Les décors, la photographie, l’étalonnage, les costumes et les effets visuels sont devenus des éléments essentiels de la compétition entre plateformes.

Le drama japonais traditionnel n’a pas toujours poursuivi exactement le même objectif.

La télévision japonaise a longtemps fonctionné avec des budgets et des contraintes différentes, et certaines productions privilégient encore la vitesse de fabrication et l’efficacité narrative.

Cela donne parfois une esthétique moins spectaculaire.

Mais cette contrainte peut aussi produire une autre forme de créativité.

Netflix a toutefois changé la donne

Depuis quelques années, la frontière entre les deux modèles devient moins nette.

Les plateformes internationales ont profondément transformé l’industrie audiovisuelle japonaise.

Netflix, notamment, a investi dans de nombreuses productions japonaises et a contribué à leur donner une visibilité mondiale.

Des séries japonaises bénéficient désormais de budgets plus importants et de standards de production internationaux.

Mais l’inverse est également vrai : les plateformes ont permis aux spectateurs occidentaux de découvrir des dramas japonais beaucoup plus diversifiés que les quelques séries qui étaient autrefois diffusées ou disponibles en France.

Le public peut désormais passer d’un drama familial à une adaptation de manga, d’une série policière à une romance lycéenne ou à un thriller psychologique.

Le Japon ne cherche pas nécessairement à copier les K-dramas

C’est peut-être le point le plus important.

Il serait tentant de considérer que les dramas japonais doivent désormais adopter les recettes coréennes pour réussir à l’international.

Mais ce serait probablement une erreur.

La force du drama japonais réside justement dans ses différences.

Ses histoires plus courtes, ses personnages parfois ordinaires, son humour particulier, ses changements de ton, son rapport au manga, son attention au quotidien et sa capacité à raconter des histoires très locales constituent son identité.

Une série japonaise peut être imparfaite visuellement et pourtant proposer une écriture ou une sensibilité impossible à retrouver dans une production coréenne.

Et c’est précisément ce qui peut séduire.

Deux industries qui finissent pourtant par se rapprocher

La comparaison Japon-Corée est aujourd’hui moins simple qu’elle ne l’était il y a quinze ou vingt ans.

Les producteurs japonais regardent évidemment ce qui fonctionne en Corée et sur les plateformes internationales.

Les productions coréennes, de leur côté, n’hésitent plus à utiliser des mangas, des webtoons et des concepts issus d’autres marchés asiatiques.

Les plateformes ont également bouleversé les formats.

La série japonaise peut désormais être pensée dès le départ pour une audience internationale. La série coréenne peut abandonner le traditionnel format télévisuel pour adopter des saisons plus courtes ou des structures plus proches des standards des plateformes.

Les deux industries se rapprochent donc progressivement.

Mais leurs racines restent différentes.

Japon et Corée : deux manières de raconter le même monde

Comparer un drama japonais et un K-drama, ce n’est finalement pas seulement comparer deux industries télévisuelles.

C’est comparer deux traditions narratives.

La Corée du Sud a construit une industrie extrêmement efficace pour produire des histoires émotionnelles, ambitieuses visuellement et immédiatement accessibles à un public international.

Le Japon conserve une tradition plus éclatée, héritée de la télévision, du manga, du théâtre et d’une culture populaire particulièrement diverse.

Le K-drama cherche souvent à faire monter la tension.

Le drama japonais peut parfois préférer observer.

Le K-drama peut transformer un simple rendez-vous amoureux en événement dramatique majeur.

Le drama japonais peut consacrer une scène entière à deux personnages qui mangent silencieusement dans un petit restaurant.

L’un n’est pas meilleur que l’autre.

Ils ne recherchent simplement pas toujours la même chose.

Et c’est précisément pour cela que, malgré la domination internationale actuelle des séries coréennes, le drama japonais reste irremplaçable pour qui veut découvrir une autre façon de raconter le Japon, ses habitants, ses contradictions et son quotidien.

Car derrière les différences de budget, de durée ou de mise en scène se trouve finalement une même idée : raconter une histoire qui donne envie de revenir la semaine suivante.

La différence est que le Japon n’a jamais eu besoin de raconter cette histoire exactement comme la Corée.

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