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Hakone Ekiden, la course qui raconte le Japon

Hakone Ekiden, la course qui raconte le Japon

Le froid matinal de janvier n’a pas encore quitté Tokyo lorsque les premiers spectateurs prennent place le long de l’avenue d’Ōtemachi. Là, au cœur du quartier d’affaires, le départ du Hakone Ekiden marque chaque année un moment attendu. Pendant deux jours, les universités les plus prestigieuses du pays s’affrontent sur un parcours exigeant reliant Tokyo à Hakone, au pied du mont Fuji.
Plus qu’une compétition sportive, le Hakone Ekiden est un rituel. Une épreuve où se mêlent endurance, esprit de groupe et héritage universitaire, et qui continue, année après année, de mobiliser une part importante de la population japonaise.

Une tradition née au début du XXe siècle

L’origine du Hakone Ekiden remonte à 1920. L’initiative est portée par Shizō Kanakuri, figure fondatrice de la course de fond au Japon et pionnier de la participation japonaise au marathon olympique.
Son idée est simple : créer une course de relais entre universités afin de former des coureurs capables d’affronter les standards internationaux. Le format choisi s’inspire des longues distances européennes, mais introduit une dimension collective.
Dès ses débuts, l’épreuve repose sur un principe central. Chaque équipe transmet un tasuki, une bande de tissu portée en diagonale sur le torse. Ce geste, répétitif mais chargé de sens, incarne l’esprit même de la course : transmettre, continuer, ne pas rompre l’effort.
Au fil des décennies, cette logique a forgé l’identité du Hakone Ekiden. Ce n’est pas une course individuelle. C’est une chaîne humaine.

Un parcours emblématique entre ville et montagne

Le tracé du Hakone Ekiden est aujourd’hui bien établi. Il se déroule sur deux jours, avec un aller reliant Tokyo à Hakone, puis un retour empruntant le même itinéraire en sens inverse.
Le parcours traverse des zones urbaines, longe la baie de Sagami et s’élève progressivement vers les reliefs de Hakone. Cette diversité en fait l’une des particularités de l’épreuve.
Certaines portions sont réputées pour leur difficulté, notamment à l’approche des montagnes. Les conditions hivernales accentuent l’exigence physique. Le vent, le froid et le dénivelé imposent une gestion fine de l’effort.
Chaque équipe répartit ses coureurs en fonction de ces contraintes. Certains sont spécialisés dans les étapes rapides en terrain plat, d’autres dans les montées plus techniques. La stratégie joue un rôle essentiel, mais elle reste invisible pour le public, qui découvre la course en temps réel.

Les universités au cœur du système

Le Hakone Ekiden repose sur un modèle particulier : celui des équipes universitaires. Contrairement aux grandes compétitions internationales, ce ne sont pas des professionnels qui dominent la course, mais des étudiants.
Ce point est fondamental pour comprendre l’adhésion du public.
Les coureurs représentent leur université, mais aussi un collectif, une institution, un parcours. Leur engagement dépasse la simple performance. Il s’inscrit dans une logique de discipline, de travail et de persévérance.
Cette dimension explique en grande partie l’attachement du public. Les spectateurs suivent les équipes, reconnaissent les couleurs, s’identifient aux trajectoires des athlètes.
Le Hakone Ekiden devient ainsi une forme de récit. Chaque course raconte une histoire, faite de tensions, de dépassement et parfois d’échec.

Une diffusion qui transforme la course en événement national

Chaque année, la course est diffusée à la télévision japonaise et suivie par un large public. L’événement s’inscrit dans la période du Nouvel An, moment où le rythme du pays ralentit.
Dans ce contexte particulier, le Hakone Ekiden occupe une place centrale. Les familles regardent les étapes, les commentaires analysent la progression des équipes, les médias relaient les performances.
Les images sont reconnaissables. Les coureurs en file indienne, le passage du tasuki, les routes bordées de spectateurs. Une esthétique propre à la course s’est construite au fil du temps.
Cette médiatisation renforce son caractère rituel. Elle transforme une compétition universitaire en événement national.

Entre admiration et exigence

Derrière cette image positive, le Hakone Ekiden révèle aussi les exigences du sport universitaire japonais.
Les entraînements sont intensifs. Les coureurs consacrent une grande partie de leur temps à la préparation. Le rythme est soutenu, et les blessures ne sont pas rares.
Cette réalité est parfois évoquée dans les médias, notamment lorsqu’elle met en lumière la pression exercée sur les étudiants-athlètes. L’équilibre entre performance, santé et parcours académique reste un sujet de discussion.
Mais cette exigence participe également à la construction du mythe. Le Hakone Ekiden incarne une forme de dépassement, souvent associée aux valeurs de persévérance et d’endurance.

Une course qui évolue sans se trahir

Au fil des années, l’organisation du Hakone Ekiden a évolué pour s’adapter aux nouvelles attentes.
Les technologies permettent aujourd’hui de suivre la course en temps réel, d’analyser les écarts et de mieux comprendre les stratégies. L’expérience du spectateur s’enrichit, sans modifier profondément l’esprit de la compétition.
Car l’essentiel reste intact. Le relais, la transmission, l’effort collectif.
Contrairement à d’autres événements sportifs qui cherchent à se transformer radicalement, le Hakone Ekiden évolue par ajustements. Il conserve sa structure, tout en intégrant progressivement des éléments modernes.

Assister au Hakone Ekiden

Pour les visiteurs, assister à la course offre une expérience particulière.
Le départ à Tokyo, dans le quartier d’Ōtemachi, attire de nombreux spectateurs. L’arrivée à Hakone, au bord du lac Ashi, constitue un autre moment clé.
Cependant, suivre l’ensemble du parcours demande une organisation importante. Les accès sont parfois complexes, notamment dans les zones montagneuses.
Beaucoup de spectateurs choisissent donc de se concentrer sur un point précis ou de suivre une partie de la course à distance, grâce à la retransmission.

Une lecture de la société japonaise

Le Hakone Ekiden dépasse largement le cadre du sport.
Il reflète des éléments essentiels de la société japonaise : l’importance du collectif, la valorisation de l’effort, la transmission entre générations.
Dans un contexte contemporain marqué par des transformations sociales et économiques, il conserve une fonction particulière. Celle d’un repère.
Chaque année, le rituel se répète. Les coureurs s’élancent. Le tasuki circule. Et, pendant deux jours, une partie du pays se rassemble autour d’un même récit.

Conclusion

Le Hakone Ekiden n’est pas une course spectaculaire au sens classique. Il ne repose pas sur des performances isolées, mais sur une continuité.
C’est peut-être ce qui fait sa force.
Dans un monde sportif dominé par les records et les individualités, il propose une autre vision. Une vision où l’effort se partage, où la victoire se construit à plusieurs, et où le temps prend une dimension particulière.
Observer le Hakone Ekiden, c’est comprendre une partie du Japon. Un pays où la tradition et la modernité ne s’opposent pas, mais s’entrelacent, parfois de manière imperceptible, dans le geste simple d’un relais transmis.

 

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