Accueil / Société / Culture / Histoire et aspects culturels divers / Yakuza : histoire, fonctionnement et déclin de la mafia japonaise

Yakuza : histoire, fonctionnement et déclin de la mafia japonaise

Yakuza : histoire, fonctionnement et déclin de la mafia japonaise

Costumes impeccables, tatouages traditionnels recouvrant le corps, doigts amputés, cérémonies au saké, clans organisés comme des familles… Les yakuzas occupent une place à part dans l’imaginaire collectif.

Au cinéma, dans les mangas ou dans les jeux vidéo, ils sont souvent représentés comme des mafieux à l’ancienne, attachés à un mystérieux code d’honneur et capables de régler leurs affaires dans les arrière-salles des quartiers nocturnes de Tokyo ou d’Osaka.

La réalité est évidemment beaucoup moins romantique.

Les yakuzas sont des organisations criminelles. Extorsion, jeux clandestins, trafic de stupéfiants, prostitution, escroquerie, blanchiment d’argent ou intimidation ont longtemps constitué une partie de leurs activités. Pourtant, leur histoire est plus complexe que celle d’une simple mafia japonaise.

Pendant une grande partie du XXe siècle, certaines organisations ont même entretenu des relations ambiguës avec le monde politique, les milieux économiques et les autorités. Cette situation a contribué à leur donner une visibilité assez exceptionnelle : contrairement à d’autres organisations criminelles, les yakuzas ont longtemps pu posséder des bureaux connus, afficher leurs noms et leurs emblèmes et fonctionner presque au grand jour.

Mais cette époque est largement révolue.

Depuis les années 1990, la répression s’est considérablement renforcée et les effectifs se sont effondrés.

Alors, d’où viennent réellement les yakuzas ? Comment fonctionnaient leurs clans ? Et que sont-ils devenus ?

D’où vient le mot « yakuza » ?

L’étymologie la plus couramment admise renvoie à un jeu de cartes japonais appelé oicho-kabu.

Dans ce jeu, certaines combinaisons de chiffres donnent des résultats particulièrement mauvais. La suite 8-9-3 — ya-ku-sa — correspond ainsi à une combinaison perdante.

Le terme aurait ensuite servi à désigner des individus considérés comme des vauriens ou des personnes vivant en marge de la société.

Il faut toutefois se méfier des explications trop simples. L’origine exacte du mot et surtout celle des organisations que l’on appellera plus tard « yakuzas » sont plus difficiles à établir.

Les historiens font généralement remonter leurs racines à plusieurs groupes apparus pendant l’époque d’Edo, notamment les bakuto, liés aux jeux d’argent, et les tekiya, qui travaillaient dans le commerce ambulant et les marchés.

Ce ne sont pas encore les yakuzas tels qu’on les connaît aujourd’hui.

Mais certaines pratiques, certaines structures et certaines traditions du crime organisé japonais vont progressivement se développer à partir de ces milieux.

Les bakuto et les tekiya, ancêtres des yakuzas ?

Les bakuto sont des joueurs professionnels.

Ils évoluent dans un univers où les jeux d’argent sont officiellement interdits mais restent très populaires. Ils contrôlent certains lieux de jeu, organisent les paris et développent des structures hiérarchisées.

Les tekiya, eux, sont des marchands ambulants et des colporteurs.

Ils circulent dans les marchés et les foires et organisent leur activité autour de territoires précis.

À première vue, leurs activités n’ont donc pas grand-chose à voir.

Pourtant, ces deux univers vont progressivement développer des caractéristiques que l’on retrouvera chez les yakuzas : hiérarchie, loyauté envers un chef, contrôle territorial et relations de dépendance entre les membres.

Certaines traditions associées aux yakuzas, notamment le tatouage intégral ou le yubitsume, la fameuse amputation volontaire d’une partie du petit doigt, sont généralement rattachées à cette histoire ancienne.

Mais contrairement à une idée très répandue, il n’existe pas une date précise correspondant à la naissance des yakuzas.

Il s’agit plutôt d’une évolution progressive de différents milieux criminels et marginaux.

Le mythe des « samouraïs devenus yakuzas »

L’histoire des yakuzas est également entourée de nombreux récits destinés à leur donner une origine plus noble.

Certains groupes ont notamment revendiqué une filiation avec les machi-yakko, des hommes présentés comme des sortes de défenseurs des populations urbaines face aux bandes de kabuki-mono, des individus violents et provocateurs qui se distinguaient notamment par leur apparence extravagante.

Cette histoire est séduisante.

Elle permet de présenter les ancêtres des yakuzas comme des hommes protégeant les faibles contre des voyous encore plus dangereux.

Le problème est qu’il faut prendre cette version avec beaucoup de précautions.

Les organisations criminelles ont toujours eu intérêt à construire leur propre légende.

L’image du gangster protégeant les commerçants et les habitants contre d’autres criminels est d’ailleurs un classique du monde mafieux.

Chez les yakuzas, cette tradition va prendre une forme particulièrement forte avec la notion de ninkyō, souvent traduite par « voie chevaleresque ».

C’est l’une des raisons pour lesquelles les films japonais ont longtemps présenté certains yakuzas comme des personnages capables de commettre des crimes tout en respectant certaines règles morales.

La réalité, là encore, est nettement moins flatteuse.

De l’époque Meiji à la Seconde Guerre mondiale : les liens avec la politique

La modernisation du Japon à partir de 1868 transforme profondément le pays.

Elle transforme également les organisations criminelles.

Les groupes liés aux marchés et aux jeux d’argent développent leur influence. Certains se rapprochent de mouvements nationalistes et de responsables politiques.

Au début du XXe siècle, les relations entre la pègre, les milieux nationalistes et une partie de la classe politique deviennent particulièrement importantes.

Certains criminels sont utilisés pour intimider des adversaires, briser des mouvements sociaux ou défendre certaines positions politiques.

La frontière entre crime organisé, nationalisme radical et politique devient alors particulièrement difficile à tracer.

Cette proximité va se renforcer durant les années 1930, alors que le Japon s’engage dans une politique expansionniste en Asie.

Des figures du milieu criminel vont accumuler d’importantes fortunes grâce aux trafics et aux réseaux développés dans les territoires occupés.

Parmi elles figure Yoshio Kodama, l’une des personnalités les plus controversées de cette période.

Son parcours illustre parfaitement l’une des particularités de l’histoire de la pègre japonaise : certains hommes issus du milieu criminel vont réussir à conserver une influence considérable après la guerre et à entretenir des relations avec les milieux politiques.

L’après-guerre : le grand retour des yakuzas

En 1945, le Japon est en ruines.

Les villes sont détruites, l’économie fonctionne difficilement et le marché noir devient essentiel pour une population qui manque de tout.

C’est dans ce chaos que les organisations criminelles vont retrouver une puissance considérable.

Les yakuzas contrôlent une partie du commerce clandestin, les jeux d’argent, la prostitution et différents trafics.

Une nouvelle génération de bandes apparaît également : les gurentai.

Plus jeunes et souvent plus violents que les organisations traditionnelles, ils se spécialisent notamment dans les trafics de stupéfiants, l’extorsion et le contrôle de certains quartiers.

Les autorités japonaises sont alors confrontées à un problème complexe.

D’un côté, elles doivent lutter contre la criminalité.

De l’autre, certaines organisations criminelles peuvent être utilisées contre des mouvements politiques considérés comme dangereux dans le contexte de la guerre froide.

Cette période contribue à renforcer les liens déjà anciens entre une partie de la pègre et certains milieux conservateurs.

Les yakuzas vont ainsi connaître leur âge d’or dans les décennies qui suivent.

Les années 1960 : l’âge d’or de la pègre japonaise

Le nombre de membres des organisations criminelles atteint un niveau considérable dans les années 1960.

Les chiffres historiques varient selon les sources, mais la police japonaise estimait alors les effectifs à plusieurs centaines de milliers de personnes.

Les grandes familles commencent à structurer durablement le paysage criminel japonais.

Le Yamaguchi-gumi, fondé à Kobe au début du XXe siècle, devient progressivement la plus puissante organisation du pays.

D’autres grands groupes s’imposent également, notamment le Sumiyoshi-kai et l’Inagawa-kai.

Leur organisation rappelle celle d’une famille.

À la tête se trouve l’oyabun, le « père », auquel les membres inférieurs, les kobun, doivent fidélité et obéissance.

Le vocabulaire familial n’est pas anodin.

Il reproduit une relation de dépendance extrêmement forte.

Le chef protège ses membres.

En échange, ceux-ci lui doivent leur loyauté.

Cette structure permet au clan de fonctionner comme une organisation pyramidale, avec différents niveaux de responsabilité.

Une mafia qui ne se cache pas

C’est probablement l’un des aspects les plus surprenants lorsqu’on découvre l’histoire des yakuzas.

Pendant longtemps, certaines organisations n’ont pas cherché à être totalement invisibles.

Des bureaux de clans étaient connus des habitants et parfois clairement identifiés par leurs enseignes.

Les membres pouvaient également afficher certains signes distinctifs.

Cette visibilité avait une fonction.

Elle permettait d’impressionner.

Un commerçant savait à qui il avait affaire.

Un adversaire savait quelle organisation contrôlait un quartier.

Et la réputation du clan constituait en elle-même un instrument de pouvoir.

Cette situation explique pourquoi les yakuzas ont longtemps été différents de l’image classique de la mafia clandestine.

Ils pouvaient être visibles sans pour autant être facilement combattus.

L’oyabun, les kobun et la hiérarchie

La structure interne des clans est fortement hiérarchisée.

L’oyabun occupe le sommet.

Sous lui se trouvent plusieurs responsables chargés de secteurs ou de groupes de membres.

Les relations sont construites autour de la notion de famille symbolique.

Le nouveau membre devient un kobun, littéralement un « enfant », tandis que son supérieur devient son oyabun, son « parent ».

Cette relation implique une forte loyauté.

Mais il ne faut pas tomber dans le piège du fameux « code d’honneur des yakuzas ».

Les règles internes existent bien.

Les traditions également.

Mais elles ne transforment évidemment pas une organisation criminelle en société de chevaliers.

L’idée d’un gangster japonais vivant selon un strict code moral appartient en grande partie à la mythologie construite autour des yakuzas.

Le sakazuki : entrer dans la famille

L’une des traditions les plus célèbres est le sakazuki, cérémonie symbolisant l’intégration d’un nouveau membre.

Le rituel repose notamment sur l’échange de coupes de saké entre l’oyabun et le nouveau kobun.

Le geste symbolise leur nouvelle relation.

Le nouvel arrivant n’intègre donc pas simplement une organisation professionnelle.

Il entre dans une structure présentée comme une famille.

Cette symbolique explique en partie pourquoi les relations internes des clans peuvent être aussi fortes.

Elle donne également au groupe une dimension presque familiale qui a longtemps contribué à alimenter le mythe autour des yakuzas.

Le tatouage, symbole le plus célèbre des yakuzas

Impossible de parler des yakuzas sans évoquer les tatouages.

L’irezumi traditionnel, réalisé selon des techniques manuelles longues et particulièrement douloureuses, est devenu l’un des symboles les plus connus de la pègre japonaise.

Les motifs sont souvent extrêmement élaborés : dragons, carpes, tigres, fleurs, divinités ou créatures mythologiques peuvent recouvrir une grande partie du corps.

Mais le tatouage n’est pas simplement décoratif.

Il peut symboliser l’appartenance, la résistance à la douleur et l’engagement envers un groupe.

Il existe cependant un paradoxe.

Les tatouages sont tellement associés aux yakuzas qu’ils ont longtemps été mal vus au Japon même lorsqu’ils n’avaient aucun rapport avec la criminalité.

Certaines piscines, certains bains publics ou certaines sources thermales ont ainsi interdit leur accès aux personnes tatouées.

Aujourd’hui encore, cette association entre tatouage et pègre reste profondément ancrée dans l’imaginaire japonais.

Le yubitsume : le doigt sacrifié

L’autre tradition qui a nourri la légende des yakuzas est le yubitsume.

Lorsqu’un membre commettait une faute grave, il pouvait autrefois être contraint de couper une partie de son petit doigt et de la remettre à son supérieur.

Cette pratique avait une fonction symbolique.

Le petit doigt joue un rôle important dans la prise en main d’une épée.

En perdre une partie diminuait donc théoriquement la capacité d’un homme à manier une arme.

Le membre devenait ainsi plus dépendant de son clan pour assurer sa protection.

Aujourd’hui, cette pratique est devenue beaucoup plus rare.

Les autorités japonaises ont considérablement renforcé la pression sur les organisations criminelles et les mutilations visibles constituent évidemment un moyen particulièrement efficace d’attirer l’attention.

Le doigt coupé reste cependant l’un des symboles les plus connus de l’univers yakuza.

Comment les yakuzas gagnent-ils leur argent ?

Pendant longtemps, les activités des yakuzas ont été extrêmement diversifiées.

Jeux d’argent, racket, prostitution, trafic de stupéfiants, immobilier, extorsion, prêts illégaux, contrebande ou blanchiment : les organisations ont cherché à investir tous les secteurs où l’intimidation et les réseaux pouvaient être rentables.

Le sōkaiya constitue un exemple particulièrement intéressant.

Ces hommes se spécialisent dans le chantage et la perturbation des assemblées générales d’actionnaires.

Ils peuvent acheter quelques actions d’une entreprise afin d’obtenir le droit d’assister à ses assemblées, puis utiliser des informations compromettantes pour faire pression sur les dirigeants.

Le phénomène a été suffisamment important pour que le Japon adopte des mesures spécifiques contre ces pratiques.

Les yakuzas ont également longtemps été présents dans certains quartiers de divertissement et dans l’industrie du sexe.

Mais là encore, leur influence a considérablement évolué avec le renforcement de la législation.

Le pachinko, les paris et le jeu

Les jeux d’argent occupent une place historique dans l’économie criminelle japonaise.

Les bakuto, souvent considérés comme les ancêtres des yakuzas, étaient déjà spécialisés dans les jeux clandestins.

Cette tradition s’est prolongée avec les paris sportifs, les courses et différents jeux illégaux.

Le pachinko, lui, constitue un cas plus complexe.

Le secteur est légal et représente une industrie considérable, mais certaines entreprises liées au milieu criminel ont historiquement entretenu des relations avec des acteurs de cette industrie.

Il faut donc éviter le raccourci souvent rencontré dans les articles anciens : les yakuzas ne contrôlent pas simplement « le pachinko japonais ».

La réalité économique du secteur est beaucoup plus complexe.

Pourquoi les yakuzas ont-ils décliné ?

Le véritable tournant arrive au début des années 1990.

En 1992, le Japon adopte la loi contre les organisations criminelles violentes, connue sous le nom de Bōryokudan Taisaku Hō.

Le principe est différent d’une simple interdiction de la mafia.

Les organisations identifiées comme bōryokudan sont officiellement désignées et peuvent être soumises à toute une série de restrictions.

D’autres mesures viennent ensuite renforcer la pression.

Les entreprises sont davantage incitées à couper leurs relations avec les groupes criminels.

Les banques et les sociétés immobilières renforcent leurs contrôles.

Les activités des clans deviennent beaucoup plus difficiles.

Et surtout, appartenir à un groupe yakuza commence à devenir un handicap considérable.

Le résultat est spectaculaire.

Les effectifs s’effondrent au fil des décennies.

Les yakuzas n’ont pas disparu

C’est ici qu’il faut éviter une autre idée reçue.

La baisse des effectifs ne signifie pas que les organisations criminelles japonaises ont disparu.

Elles se sont adaptées.

Certaines activités ont été déplacées vers des structures moins visibles.

De nouvelles organisations criminelles sont également apparues à côté des clans traditionnels.

La police japonaise utilise notamment le terme hangure pour désigner certains groupes criminels informels qui ne possèdent pas la structure traditionnelle des yakuzas.

Ces groupes peuvent être plus difficiles à identifier précisément parce qu’ils ne fonctionnent pas comme une organisation pyramidale classique.

Le paradoxe est donc assez simple : la mafia japonaise traditionnelle est en déclin, mais la criminalité organisée ne disparaît pas avec elle.

Elle change de forme.

Yamaguchi-gumi : le géant historique

Parmi les organisations historiques, le Yamaguchi-gumi reste le nom le plus connu.

Fondé à Kobe en 1915, le clan a progressivement construit un réseau national extrêmement puissant.

Son histoire est également révélatrice de l’évolution du phénomène yakuza.

Pendant des décennies, son influence s’est étendue bien au-delà des activités criminelles traditionnelles.

Mais l’organisation a connu de profondes divisions internes, notamment après plusieurs scissions.

La principale organisation issue de cette crise, le Kobe Yamaguchi-gumi, est apparue en 2015.

Ces conflits internes illustrent une réalité souvent oubliée : les clans yakuzas ne forment pas un bloc uni.

Ils se livrent également des luttes de pouvoir, des rivalités territoriales et des guerres internes.

Pourquoi les yakuzas fascinent-ils autant ?

La question mérite d’être posée.

Pourquoi cette criminalité particulière occupe-t-elle une place aussi importante dans la culture populaire ?

Parce que les yakuzas ont une esthétique immédiatement reconnaissable.

Les costumes.

Les tatouages.

Les quartiers de nuit.

Les cérémonies.

Les clans.

Les codes.

Les voitures.

Les affrontements.

Tout cela constitue un matériau presque idéal pour le cinéma.

Et le cinéma japonais s’en est emparé depuis des décennies.

Fukasaku, Kitano et la fin du mythe romantique

Parmi les réalisateurs les plus importants dans l’histoire du film de yakuza figure Kinji Fukasaku.

Avec Combat sans code d’honneur (Jingi naki tatakai), sorti en 1973, il propose une vision beaucoup plus brutale du milieu.

Les yakuzas ne sont plus des chevaliers modernes.

Ce sont des hommes violents évoluant dans un système où les alliances changent rapidement et où les intérêts personnels passent avant les grands principes.

Plus tard, Takeshi Kitano apportera une autre approche avec des films comme Sonatine ou Brother.

Le cinéma de Kitano est beaucoup plus silencieux, mais la violence y est souvent encore plus froide.

C’est une autre manière de déconstruire l’image romantique du gangster japonais.

Les yakuzas dans les mangas et les jeux vidéo

La culture populaire japonaise ne s’est évidemment pas arrêtée au cinéma.

Les yakuzas apparaissent régulièrement dans les mangas, les anime et les dramas.

Gokusen, My Boss My Hero ou encore Sanctuary utilisent notamment cet univers.

Mais c’est surtout le jeu vidéo qui a donné au public international l’une des représentations les plus célèbres de la pègre japonaise.

La série Yakuza, développée par Sega et connue au Japon sous le titre Ryū ga Gotoku, a transformé les quartiers nocturnes japonais en terrain de jeu.

Son héros emblématique, Kazuma Kiryu, est devenu bien plus connu dans le monde entier que la plupart des véritables chefs de clans.

Le succès de la série a cependant contribué à entretenir une vision très romancée du milieu.

Il faut donc faire la distinction entre le yakuza de fiction et le crime organisé réel.

Une mafia japonaise qui appartient déjà en partie au passé

C’est peut-être le plus intéressant dans l’histoire contemporaine des yakuzas.

Le Japon d’aujourd’hui n’est plus celui des années 1960.

Les effectifs des organisations traditionnelles ont chuté.

Les autorités ont renforcé leur surveillance.

Les banques et les entreprises sont beaucoup plus prudentes.

Les membres des clans rencontrent davantage de difficultés pour louer un logement, ouvrir certains comptes ou mener des activités économiques.

Le simple fait d’être identifié comme membre d’un groupe criminel peut avoir des conséquences très concrètes.

La visibilité qui avait longtemps fait la particularité des yakuzas est donc devenue un problème.

Pendant des décennies, un clan pouvait afficher son nom sur un immeuble.

Aujourd’hui, cette visibilité constitue surtout un risque.

Une légende qui refuse de disparaître

Il existe finalement deux histoires des yakuzas.

La première est celle des organisations criminelles réelles : violence, extorsion, trafics, corruption et exploitation.

La seconde est celle construite par la culture populaire : le chef de clan qui respecte sa parole, le tatouage traditionnel, le saké partagé lors d’une cérémonie, le doigt sacrifié, le code d’honneur et le gangster capable de protéger son quartier.

Les deux histoires se croisent parfois.

Mais elles ne doivent pas être confondues.

Les yakuzas ne sont pas les derniers samouraïs du Japon moderne.

Ce sont des organisations criminelles qui ont su profiter des transformations politiques, économiques et sociales du pays pour construire une puissance considérable.

Et si leur influence est aujourd’hui beaucoup plus faible qu’à leur apogée, leur empreinte culturelle reste immense.

Il suffit de regarder un film de Kitano, de lancer Yakuza sur une console ou de pousser la porte d’un manga consacré aux clans criminels pour constater que leur légende est loin d’être terminée.

Les yakuzas ont peut-être perdu une grande partie de leur pouvoir. Mais ils ont gagné quelque chose de beaucoup plus difficile à faire disparaître : une place durable dans l’imaginaire japonais.

3
Étiquetté :