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Hiroyasu Matsuoka et Toho : le pari mondial du studio de Godzilla

Hiroyasu Matsuoka et Toho : le pari mondial du studio de Godzilla

Il y a des entreprises qui défendent leur marché national, et d’autres qui profitent d’un tournant démographique pour regarder au-delà de leurs frontières. Toho, le studio de Godzilla, a choisi son camp : d’ici son centenaire, en 2032, le groupe veut faire de l’international l’un de ses principaux moteurs de croissance.

Un héritier venu de la distribution

Hiroyasu Matsuoka a pris la présidence de Toho en mai 2022, succédant à Yoshishige Shimatani. Il est l’arrière-petit-fils du fondateur du groupe, Ichizō Kobayashi, mais son parcours ne vient pas de la production : il est entré en 1994 chez Toho-Towa, la filiale spécialisée dans la distribution de films étrangers, qu’il a présidée de 2008 à 2015, avant de siéger au conseil de la maison mère à partir de 2014. Diplômé de l’université Keiō (droit) et titulaire d’un MBA de l’université de Pittsburgh, il connaît donc bien le côté « import-export » du cinéma — une expérience qui nourrit directement la stratégie internationale actuelle.

L’héritage d’Ichizō Kobayashi : des salles, de l’immobilier et un flair de promoteur

Toho est née en 1932 sous le nom de Tokyo Takarazuka Theatre Company, fondée par Ichizō Kobayashi, déjà créateur de la compagnie ferroviaire Hankyū et de la troupe du Takarazuka. Sa recette : implanter divertissement et immobilier là où passent les foules, sur le modèle des grands magasins de terminus de ligne. À Tokyo, c’est le quartier de Hibiya qui est devenu la vitrine de cette stratégie. Cette base d’actifs — salles, théâtres, immeubles de location — a longtemps servi de matelas financier au groupe, et reste l’un des trois piliers historiques de son activité.

TOHO VISION 2032 : l’animation devient le quatrième pilier

En avril 2022, Toho a adopté « TOHO VISION 2032 », sa feuille de route pour son centenaire. Le plan conserve les trois piliers traditionnels — cinéma, théâtre, immobilier — et y ajoute l’animation comme quatrième pilier à part entière. La stratégie de croissance s’appuie sur quatre axes : la création de projets et de propriétés intellectuelles, l’animation, le numérique et l’international.

L’animation n’est pas un pari de dernière minute. Toho s’appuie depuis plusieurs années sur des séries comme Jujutsu Kaisen, My Hero Academia ou Frieren, et a multiplié les opérations depuis 2024 : Science SARU est devenu filiale, le groupe a pris une participation dans CoMix Wave Films (le studio de Makoto Shinkai) et, via Toho International, a racheté le distributeur américain GKIDS. Matsuoka explique que l’exportation de l’anime est devenue une activité à part entière, qui exige désormais davantage de personnel.

Tripler la part de l’international d’ici 2032

L’objectif chiffré est clair : faire passer la part de l’international dans les revenus opérationnels d’environ 10 % à 30 % d’ici 2032, et doubler le résultat opérationnel sur la même période, selon les propos rapportés par la presse économique. Le plan à moyen terme, qui court jusqu’à l’exercice clos en février 2028, prévoit un investissement de l’ordre d’un à un milliard et demi de dollars sur trois ans (les estimations varient selon les sources), réparti entre films, animation, jeux et acquisitions.

Matsuoka a désigné l’Amérique du Nord comme marché prioritaire, avec l’idée qu’il vaut mieux travailler depuis Hollywood pour diffuser les contenus dans le monde. Il rappelle aussi que le gouvernement japonais s’est fixé pour objectif de quadrupler les ventes de contenus à l’étranger d’ici 2033 — l’année du 101ᵉ anniversaire de Toho.

Godzilla, locomotive d’une marque mondiale

Le symbole de cette bascule porte un nom : Godzilla. Selon les chiffres publiés par Toho, les revenus de la franchise, stables autour de 3 milliards de yens par an jusqu’en 2023, ont dépassé 6 milliards de yens à l’exercice clos en février 2024, puis 12 milliards à celui de février 2025, avec une part internationale proche de 40 %. Godzilla Minus One a obtenu l’Oscar des meilleurs effets visuels en 2024, et un nouveau film réalisé par Takashi Yamazaki, Godzilla -0.0, a été annoncé.

Côté résultats, l’exercice clos en février 2026 s’est soldé par un chiffre d’affaires opérationnel de 360,7 milliards de yens (contre 313,2 milliards un an plus tôt), un résultat opérationnel de 67,9 milliards et un bénéfice net de 51,8 milliards, portés notamment par des succès comme Demon Slayer.

Une transformation sous contrainte démographique

Derrière ces ambitions, une réalité simple : avec le recul de la population japonaise, le marché des salles ne peut plus, à lui seul, porter la croissance. Pour Matsuoka, tout groupe japonais qui veut grandir doit chercher ses opportunités hors du pays. Reste à savoir si Toho saura transformer ses licences en marques durables sur les marchés occidentaux — un pari dont l’échéance, 2032, approche.

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