Accueil / Evenements / Salons et evenements / MIWA Festival : à Toulouse, le Japon change de nom sans changer de rendez-vous

MIWA Festival : à Toulouse, le Japon change de nom sans changer de rendez-vous

MIWA Festival : à Toulouse, le Japon change de nom sans changer de rendez-vous

Pendant huit éditions, les Toulousains l’ont connu sous le nom de Japan Touch Toulouse, puis de Tokyo Market Toulouse. En septembre 2026, le rendez-vous japonais de la rentrée a changé de nom une nouvelle fois. Mais cette fois, le changement ne se résume pas à une nouvelle enseigne.

Le festival est devenu MIWA.

Les 5 et 6 septembre, le Jardin Compans-Caffarelli a accueilli la première édition de cette nouvelle formule, toujours gratuite et toujours installée dans le même cadre. Arts martiaux, manga, calligraphie, taiko, yosakoi, cérémonie du thé, gastronomie, cosplay, artisanat et ateliers pour enfants se sont succédé pendant deux jours. La mairie de Toulouse présente désormais MIWA comme un festival consacré aux arts, aux savoir-faire et aux cultures du Japon, avec une volonté affichée de mettre la transmission et la rencontre au centre de l’événement.

Le changement est donc réel, mais il ne s’agit pas d’une rupture.

L’histoire du festival commence en 2017, sous l’impulsion de Jean-Pierre Gimenez. Julien Bailleux, nouveau directeur et président de la nouvelle association organisatrice, connaissait déjà le rendez-vous puisqu’il y participait comme exposant avec son association d’arts martiaux. Lorsque Gimenez a préparé son départ, il lui a proposé de reprendre le flambeau.

MIWA cherche aujourd’hui à transformer cette succession en nouvelle étape.

De Japan Touch à Tokyo Market, puis MIWA

Le changement de nom raconte à lui seul une partie de l’évolution du festival.

Le rendez-vous avait d’abord été baptisé Japan Touch Toulouse. En 2025, il était devenu Tokyo Market Toulouse. Cette appellation mettait davantage l’accent sur les stands, les créateurs et l’aspect commercial du rendez-vous.

Or c’est précisément cette image que la nouvelle équipe souhaite désormais faire évoluer.

Dans une interview publiée avant l’édition 2026, Julien Bailleux expliquait que le terme « Tokyo Market » ne correspondait plus complètement à ce que l’équipe voulait construire. Il évoquait une manifestation davantage tournée vers le côté festif des matsuri, avec davantage de danse, de chant, de musique et de participation du public.

Le nouveau nom MIWA résume cette ambition.

Il est construit à partir de matsuri (祭り), les fêtes populaires japonaises, et niwa (庭), le jardin. Une association particulièrement adaptée au lieu puisque le festival se déroule au Jardin Compans-Caffarelli, autour de son jardin japonais. Le site officiel du festival parle d’ailleurs de « Niwa Matsuri » pour présenter son identité.

Ce choix donne surtout une direction claire à la manifestation.

Il ne s’agit plus seulement de réunir des stands consacrés au Japon dans un parc toulousain. L’idée est de faire du jardin lui-même une partie de l’expérience.

Un festival qui ne quitte pas son jardin

Le premier choix de la nouvelle équipe a finalement été de ne pas bouleverser le cadre.

MIWA conserve le Jardin Compans-Caffarelli, où le festival s’est installé au fil de ses éditions. La neuvième édition s’est déroulée les samedi 5 et dimanche 6 septembre 2026, de 10 heures à 20 heures le samedi et de 10 heures à 19 heures le dimanche. L’entrée est restée libre et gratuite.

Ce maintien est important.

Le festival ne cherche pas à devenir une nouvelle Japan Expo régionale installée dans un parc des expositions. Il conserve au contraire une dimension de promenade. Le public peut passer d’une démonstration d’arts martiaux à un atelier de calligraphie, s’arrêter devant une scène musicale, visiter les créateurs puis rejoindre le jardin japonais.

Cette implantation explique aussi une partie de l’identité du rendez-vous.

Un salon en intérieur impose généralement une logique de halls et de stands. Ici, la végétation, les chemins et les différents espaces du jardin participent à la circulation du public.

Le décor n’est pas une simple toile de fond.

Il contribue à l’idée de matsuri défendue par l’organisation.

La mairie de Toulouse décrit ainsi MIWA comme un événement de plein air inspiré des fêtes populaires traditionnelles japonaises. La programmation mêle spectacles et musique, taiko, yosakoi, shodō et sumi-e, arts martiaux, cérémonie du thé, zen, manga, cosplay, artisans, jeunes créateurs et ateliers familiaux.

Le « geste » comme fil conducteur

La nouvelle identité ne repose pas uniquement sur le nom.

L’équipe a également choisi de placer le geste au centre de la programmation.

Le principe est particulièrement pertinent pour un événement qui veut parler de culture japonaise autrement que par les objets que l’on peut acheter.

La calligraphie en est un bon exemple.

Le shodō (書道) n’est pas seulement l’art d’écrire des caractères japonais avec un pinceau. Le mouvement, la pression exercée sur le pinceau, la vitesse et la respiration participent au résultat final.

Le même principe peut être observé dans les arts martiaux.

Une démonstration de budō permet de voir immédiatement la différence entre regarder une pratique et essayer de comprendre les gestes qui la composent.

C’est cette dimension pratique que MIWA cherche à développer.

La nouvelle équipe souhaite que les visiteurs ne soient pas uniquement spectateurs. Ils doivent pouvoir essayer, apprendre et échanger.

Cette volonté est également visible dans le Village Kodomo, l’une des nouveautés de l’édition 2026. Destiné aux familles, il proposait notamment des ateliers d’origami, de calligraphie, d’aquarelle, de manga, de sashiko, de création de tampons et des activités autour des yōkai et du folklore japonais.

Le choix du mot kodomo (子供), « enfant », est révélateur de l’ambition familiale du projet.

Il ne s’agit pas seulement d’occuper les plus jeunes pendant que les adultes parcourent les stands.

L’idée est de les faire participer à la manifestation.

Tradition et culture populaire sans les opposer

L’autre difficulté d’un festival consacré au Japon consiste à éviter une séparation artificielle entre deux publics.

D’un côté, les visiteurs attirés par les mangas, les anime, le cosplay ou la culture geek.

De l’autre, ceux qui viennent pour les arts martiaux, la cérémonie du thé, la calligraphie ou les traditions artisanales.

MIWA assume cette diversité.

Le programme 2026 associait ainsi manga et cérémonie du thé, cosplay et arts martiaux, jeunes créateurs et pratiques traditionnelles, gastronomie populaire et démonstrations culturelles.

Ce mélange n’est d’ailleurs pas une anomalie.

Le Japon contemporain lui-même ne fonctionne pas selon une séparation nette entre une culture « traditionnelle » et une culture « moderne ». Un Japonais peut pratiquer le kendō, lire un manga, écouter du J-pop et commander un ramen dans la même journée sans avoir le sentiment de passer d’un univers culturel à un autre.

Un festival français peut donc difficilement représenter le Japon contemporain en séparant complètement ces pratiques.

Le véritable enjeu est plutôt de les présenter sans les réduire à des clichés.

C’est là que la présence d’intervenants spécialisés prend son importance.

Pour cette première édition MIWA, le programme réunissait notamment la calligraphie de Mitsuru Nagata, les arts martiaux, le sumo, le yosakoi, le taiko et différentes propositions musicales et artistiques. Le festival annonçait également la venue d’artistes japonais, dont Emiko Ōta, ainsi que des performances autour du shamisen et du taiko.

Le manga reste présent, mais il n’est plus seul

Le repositionnement de MIWA ne signifie évidemment pas que le manga disparaît.

Il reste l’une des portes d’entrée les plus efficaces vers la culture japonaise auprès du public français.

À Toulouse, l’École internationale de manga et d’animation participe notamment à la programmation avec des ateliers et des rencontres. Des auteurs et des créateurs étaient également annoncés pour cette édition.

Mais la place accordée au manga change de contexte.

Dans un salon spécialisé, le manga peut constituer l’essentiel de l’offre.

À MIWA, il devient l’une des composantes d’un ensemble beaucoup plus large.

Un adolescent peut venir pour le cosplay et découvrir le taiko. Un amateur d’arts martiaux peut assister à un atelier manga. Une famille venue pour les enfants peut participer à une initiation à la calligraphie avant de goûter un taiyaki.

Cette circulation entre les publics est précisément ce que recherche la nouvelle équipe.

Une scène plus importante

Le passage de Tokyo Market à MIWA correspond également à une volonté de développer davantage la programmation scénique.

Julien Bailleux expliquait avant l’édition 2026 que l’équipe souhaitait renforcer la musique, la danse et les spectacles. La programmation comprenait notamment taiko, min’yō — les chants populaires japonais —, yosakoi, danse et performances artistiques.

Le choix est intéressant car il rapproche davantage le festival du modèle du matsuri revendiqué dans son nom.

Dans une fête japonaise traditionnelle, les visiteurs ne viennent pas uniquement acheter quelque chose.

Il y a des spectacles, de la nourriture, des pratiques collectives, des déambulations et une dimension communautaire.

C’est cette ambiance générale que MIWA tente de transposer à Toulouse.

Sans prétendre reproduire un véritable matsuri japonais — ce qui serait évidemment impossible dans un jardin public français —, le festival peut en reprendre certains principes : la gratuité, la promenade, la participation, la musique et le mélange des générations.

Une fréquentation qui montre l’intérêt du public toulousain

Le festival avait accueilli environ 12 000 personnes en 2025. Pour sa première édition sous le nom MIWA, l’organisation visait 15 000 visiteurs et avait mis en place un système de bracelets à l’entrée afin d’améliorer le comptage de la fréquentation.

Ce chiffre est intéressant moins pour son aspect spectaculaire que pour ce qu’il révèle.

Un événement consacré au Japon peut aujourd’hui réunir plusieurs milliers de personnes dans une grande métropole régionale sans reposer exclusivement sur la communauté manga.

La programmation de MIWA cherche justement à élargir cette audience.

Le public visé comprend les passionnés de culture populaire, mais également les familles, les amateurs d’arts martiaux, les curieux, les amateurs de gastronomie et les personnes intéressées par les pratiques artistiques japonaises.

Le festival revendique donc une ambition culturelle plus large que celle d’un simple marché japonais.

La gastronomie comme point de rencontre

Impossible de parler d’un matsuri sans parler de nourriture.

À Toulouse, le public pouvait retrouver plusieurs classiques de la street-food japonaise : ramen, takoyaki, taiyaki, melonpan, donburi ou encore kakigōri.

Le choix du kakigōri était particulièrement cohérent avec le thème.

Cette glace pilée recouverte de sirop est associée aux étés japonais et aux festivals. Pour l’édition 2026, le festival annonçait notamment la venue depuis le Japon de Hideyuki Adachi pour présenter son savoir-faire autour de cette spécialité.

La nourriture joue ici un rôle qui dépasse largement la restauration.

Elle participe à l’ambiance.

L’odeur des plats, les files devant les stands, les tables occupées par des familles et les visiteurs qui mangent en plein air contribuent à créer cette atmosphère de fête populaire recherchée par l’organisation.

C’est probablement l’un des aspects les plus simples à comprendre pour un public qui n’a jamais assisté à un matsuri au Japon.

Une nouvelle équipe, mais pas une remise à zéro

L’un des pièges d’un changement de nom est de vouloir faire croire que tout commence avec la nouvelle m

2
Étiquetté :