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05 – L’époque de Nara : la naissance du Japon impérial

05 – L’époque de Nara : la naissance du Japon impérial

Entre 710 et 794, le Japon connaît une transformation majeure. Pour la première fois de son histoire, le pouvoir impérial s’installe dans une véritable capitale permanente : Heijō-kyō, l’actuelle ville de Nara.

Cette période, appelée époque de Nara, marque la naissance d’un État japonais organisé autour d’une cour impériale, d’une administration centralisée et d’une culture fortement influencée par la Chine des Tang.

Mais loin d’être une simple imitation du continent, le Japon de Nara commence aussi à construire sa propre identité.

Nara, première grande capitale japonaise

Avant le VIIIe siècle, la cour impériale japonaise changeait régulièrement de résidence, notamment après la mort d’un souverain.

En 710, l’impératrice Gemmei décide d’établir une capitale permanente à Heijō-kyō.

La ville est construite selon les principes de l’urbanisme chinois de la dynastie Tang.

Son organisation suit un plan en damier :

  • grandes avenues ;
  • quartiers administratifs ;
  • palais impérial ;
  • temples et monastères.

Avec plusieurs dizaines de milliers d’habitants, Nara devient rapidement le centre politique, religieux et culturel du Japon.

Un État inspiré de la Chine des Tang

L’époque de Nara poursuit les réformes commencées au siècle précédent avec les réformes de Taika.

Le Japon adopte un système administratif inspiré de la Chine :

  • une bureaucratie centrale ;
  • des codes juridiques ;
  • une organisation des provinces ;
  • un système fiscal.

Le code de Taihō, promulgué en 701, constitue l’un des fondements du système politique japonais ancien.

L’empereur devient le centre symbolique du pouvoir, entouré d’une administration composée d’aristocrates.

Cependant, ce modèle connaît rapidement des difficultés.

Le système de distribution des terres prévu par l’État devient difficile à maintenir, tandis que les grandes familles et les institutions religieuses commencent à accumuler de plus en plus de richesses.

Le bouddhisme devient une force majeure

L’un des grands bouleversements de l’époque Nara est l’essor du bouddhisme.

Introduit officiellement au Japon au VIe siècle, il connaît un développement spectaculaire sous les empereurs de Nara.

Les souverains considèrent cette religion comme un moyen de protéger le pays et de renforcer leur légitimité.

De nombreux temples sont construits dans tout l’archipel.

Le plus célèbre est le Tōdai-ji, fondé au VIIIe siècle à Nara.

Son immense statue du Grand Bouddha Vairocana, achevée en 752, symbolise la puissance du bouddhisme japonais.

À cette époque apparaissent également plusieurs grandes écoles bouddhiques :

  • Kegon ;
  • Hossō ;
  • Sanron ;
  • Ritsu.

Les temples deviennent non seulement des lieux religieux, mais aussi des centres d’apprentissage, de conservation des textes et de production artistique.

Les premières grandes histoires du Japon

L’époque de Nara est aussi celle où le Japon commence à écrire sa propre histoire.

Deux ouvrages fondamentaux sont compilés :

  • Le Kojiki (712)
  • Le Kojiki est le plus ancien texte japonais conservé.

Il raconte :

  • les mythes de création du Japon ;
  • les origines des dieux ;
  • la descendance divine de la famille impériale.

Il joue un rôle majeur dans la construction de la mythologie impériale.

Le Nihon Shoki (720)

Le Nihon Shoki est une chronique historique plus officielle.

Rédigé en chinois classique, il présente une histoire du Japon destinée notamment aux relations diplomatiques avec la Chine.

Ces deux œuvres deviennent des références majeures de la culture japonaise.

Une société profondément hiérarchisée

La majorité de la population japonaise vit encore dans des communautés rurales.

Les paysans cultivent principalement :

  • le riz ;
  • le blé ;
  • l’orge ;
  • le millet.

Ils doivent fournir des taxes et des services au gouvernement.

Au sommet de la société se trouve l’aristocratie de la cour.

Les grandes familles contrôlent progressivement des terres et développent leur influence.

Les artisans, commerçants et religieux occupent également une place importante dans les villes.

La culture de Nara : entre Chine et création japonaise

La période Nara est souvent considérée comme un âge d’ouverture culturelle.

Les échanges avec la Chine, la Corée et la péninsule asiatique apportent :

  • de nouvelles techniques artistiques ;
  • la sculpture bouddhique ;
  • l’écriture ;
  • l’architecture ;
  • des connaissances scientifiques.

Mais ces influences sont progressivement transformées.

La poésie japonaise connaît notamment un grand développement avec le Man’yōshū, le plus ancien recueil majeur de poésie japonaise.

Cette période voit donc apparaître une culture japonaise originale, construite à partir d’apports étrangers mais adaptée aux traditions locales.

La fin de l’époque Nara et le départ vers Kyoto

Au VIIIe siècle, la puissance croissante des temples bouddhiques de Nara devient une préoccupation pour la cour impériale.

Certains monastères disposent de grandes richesses et d’une influence politique importante.

En 784, l’empereur Kammu décide de déplacer la capitale à Nagaoka-kyō, puis en 794 à Heian-kyō, la future Kyoto.

Ce changement ouvre une nouvelle période de l’histoire japonaise : l’époque de Heian.

L’héritage de Nara

L’époque de Nara ne dure qu’un peu moins d’un siècle, mais son influence est immense.

Elle voit apparaître :

  • la première capitale permanente du Japon ;
  • un véritable système administratif ;
  • les premiers grands textes historiques japonais ;
  • l’enracinement du bouddhisme ;
  • une architecture et des arts qui marqueront durablement la culture japonaise.

Nara représente donc un moment fondateur : celui où le Japon cesse progressivement d’être un ensemble de clans pour devenir un État organisé autour d’une cour impériale et d’une identité culturelle propre.

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